J’ai vu “Taken”… pathétique…
Jeudi, avril 3rd, 2008Passe pour le scénario en lui-même, énième version du héros qui veut et va (of course) sauver un membre de sa famille envers et contre tout (et tous en général) quitte au passage à piétiner codes et lois, mais cette fois le message véhiculé (même pas de manière subliminale) est douteux sinon scandaleux.
“Que peut-on imaginer de pire pour un père que d’assister impuissant à l’enlèvement de sa fille via un téléphone portable ? C’est le cauchemar vécu par Bryan, ancien agent des services secrets américains, qui n’a que quelques heures pour arracher Kim des mains d’un redoutable gang spécialisé dans la traite des femmes. Premier problème à résoudre : il est à Los Angeles, elle vient de se faire enlever à Paris.”
Attention, que ma remarque du début ne vous induise pas en erreur: le film est nul (en plus d’être manichéen); les quelques scènes de combat au corps à corps et de poursuites effrénées ne suffisant pas à gommer cet état de fait. J’aurais pu m’arrêter là et ne pas tirer plus que ça sur l’ambulance mais c’est quand même un peu la goutte d’eau qui fait déborder le vase.
Je vous refait le synopsis en slow motion avec des spoilers dedans ?
Voilà ex-agent du gouvernement américain (apparemment spécialisé dans les sales besognes pour préserver son pays […]
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Vous n’allez certainement pas le croire mais ces quelques lignes tronquées (à cause d’une fausse manipulation de ma part) marquaient le début d’un de mes billet ciné les plus abouti (si, si !) ! Oui, sur cette daube de film… Ceci dit, ce n’est pas la première fois qu’une daube m’inspire.
Le récapitulatif de départ du synopsis se voulait cinglant et sanglant en essayant de démontrer l’incurie du scénario allié à un France-bashing digne des années Freedom-fries. En gros, les Français sont toujours aussi lâches et ingrats en plus d’être incompétents et corrompus. Conséquence ? La pire qui soit: ils ne sont même plus maîtres chez eux ! Du coup rien d’étonnant à ce qu’une jeune américaine de bonne famille et de bonne éducation se fasse enlevée dans une des villes les plus inhospitalières (car gangrenée d’étrangers malfaisants) au monde (que dis-je au sein de la galaxie toute entière): Paris. Vous pensez bien que son père ex super agent du gouvernement américain (chargé des sales besognes pour son pays et expert Es combat au corps à corps à mains nues) va se faire une joie de kärchériser d’éradiquer cette racaille pour retrouver sa fille par tous les moyens possibles et imaginables !
Moyens impliquant (of course) la torture justifiée par le statut de barbares des étrangers à qui notre “héros” à affaire et par le facteur temps (c’est une course contre la montre) d’où ma référence à un article du Monde intitulé “La jurisprudence Jack Bauer” dont je citais d’ailleurs les extraits suivants:
Il est vrai que George W. Bush est en fin de mandat et que sa popularité, au plus bas, ne peut guère en souffrir, mais une telle décision [décision de s’opposer au texte de loi voté par le Congrès, interdisant la pratique du “waterboarding”, une simulation de noyade assimilée à un acte de torture par le manuel pratique de l’armée américaine] aurait été impossible si elle ne s’inscrivait dans un horizon d’attente marqué par un profond changement des normes et des valeurs éthiques acceptées par l’opinion américaine.
En attestent par exemple les innombrables scènes de torture dans les séries télévisées comme “24 heures chrono”, “Lost”, “Alias” ou “Law and Order”. De 2002 à 2005, pas moins de 624 scènes de torture ont été ainsi diffusées aux heures de grande écoute contre seulement 102 de 1996 à 2001. “Jack Bauer, le héros de “24 heures chrono,” n‘est pas un tortionnaire, déclare au New Yorker Joel Surnow, le créateur de la série, juste un citoyen qui sait se montrer convaincant quand il faut. Il paye très cher ce qu’il fait, tout ça pour sauver des millions de vies humaines. Il est l’incarnation même de la justice. Une machine à tuer dont nous rêvons tous en secret, car elle ne sanctionne que les raclures.”
[…]
Au cours d’un colloque de juristes à Ottawa en juin 2007, un juge à la Cour suprême des Etats-Unis, Antonin Scalia, a justifié l’usage de la torture en se fondant non pas sur des textes juridiques ou sur le droit international, mais sur l’exemple de Jack Bauer. L’université américaine de Georgetown propose déjà un cours destiné à étudier les questions de droit posées par la série “24 heures chrono”. Selon le magazine Slate, les cours ont lieu le mardi soir pour que les étudiants aient encore en tête l’épisode diffusé la veille sur Fox News…
C’est une claire indication de la dérive de l’administration Bush, qui, ne trouvant dans le droit international ni légitimation ni fondement, les recherche dans les fictions qu’elle inspire, instaurant une sorte d’auto-légitimation par la fiction et créant une jurisprudence basée non plus sur l’antériorité des décisions de justice, mais sur la performativité des actes fictionnels, une jurisprudence “Jack Bauer”.
Pour finir, je vidais mon chargeur (quelques balles) sur l’improbable performance d’acteur de Liam Neeson, sur les sourcils de Famke Janssen et sur cette manie de prendre des jeunes femmes d’un vingtaine d’années pour jouer les adolescentes à l’écran. Maggie Grace, 25 ans, joue quand même le rôle d’une gamine de 17 ans ! Pour palier à la pénurie d’actrices adolescentes (je ne m’explique pas ce choix sinon) il l’ont donc fringué comme une gamine de 6 ans en plus de lui faire adopter un comportement et une démarche d’attardée. Du coup chaque scène où elle se dandinait volontairement gauchement courait vers son père déclenchait chez moi un incontrôlable rire nerveux…
Au passage, j’égratignais la production et la réalisation (Europa Corp. - Luc Besson - et M6 Films et Pierre Morel) en me demandant s’il nous fallait en arriver là, nous pauvres français, pour espérer percer “aux states” sur le sillon fort lucratif du film d’action (n’hésitant pas à parler de prostitution). Que des Français donnent dans le French-bashing de bas étage je trouve ça franchement navrant. Le film sort sur les écrans US en septembre 2008… Just can’t wait… histoire de voir son score au box office.
Ma conclusion ? Je faisais allusion à un vieux proverbe chinois (sur lequel je n’arrive pas à remettre la main) qui disait il me semble “Lorsque ta compagne te fais des yeux de biche pour te convaincre, chiche écoute ta première idée… quitte à dormir sur le canapé !”.





