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Il s’appelait Ellux Agolphne De Freitas dit Nicky (part 3)

Samedi, juin 21st, 2008

Première partie
Deuxième partie

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Le 16 février 1981, la nouvelle de l’arrestation de Nicky alimente toutes les conversations, au grand soulagement de tous, et fait la Une du France-Antilles du lendemain.

L’information judiciaire ouverte aboutit dès le 14 août 1981 à deux chefs d’inculpation: meurtre, viol et séquestration d’une part et homicide volontaire, viol et enlèvement de mineure de l’autre (soit une distinction entre les deux affaires). Par arrêt du 19 mai 1982, la Chambre d’Accusation le renvoi devant la Cour d’Assises de la Martinique; la date d’ouverture de son procès étant fixé au 23 juin 1982.

Cela veut tout simplement dire que l’instruction du dossier (je rappelle qu’il s’agit, durant cette phase, pour le juge d’instruction, de mettre en œuvre les moyens qui permettent de réunir tous les éléments nécessaires - information judiciaire, auditions, confrontations etc. - à la manifestation de la vérité pour que le tribunal ou la cour puisse juger en connaissance de cause) a duré moins d’un an et demi et d’ailleurs aucune reconstitution n’a été faites. Il faut dire que Nicky ne coopère pas plus que ça avec la justice. Il commence, par exemple, par refuser de parler avec ses avocats commis d’office. Ces derniers, en raison de sa complexité, sont, en effet, au nombre de trois: Maître Dinah Rioual (qui à l’avantage d’être bilingue; Nicky ne s’exprimant qu’en anglais ou en créole), Maître Raymond Auteville et Maître Charles-Henri Michaux. Quand, il se décide à communiquer avec eux, c’est pour se plaindre de la manière dont il est traité; refusant obstinément de parler des faits qui lui sont reprochés.

Nicky se trouve dans le pavillon militaire de l’Hôpital Clarac. Deux gendarmes sont chargés de surveiller sa chambre. Il a une perfusion à un bras et l’autre est menotté au lit.
Alors même qu’il est paralysé
[séquelle de la blessure par balle qui a permis son arrestation], les autorités policières et judiciaires craignent qu’il ne s’enfuie !
(Figures et procès: Le barreau de la Martinique 1900-2000, p.239)

L’homme fait peur. Maître Rioual, qui rencontre et interroge Nicky la première, va d’ailleurs demander aux gendarmes de laisser la porte ouverte et rester assise à plusieurs mètres de son lit… Deux rapports psychiatriques établis en juillet mettent, par la suite, l’accent sur sa “froideur émotionnelle“. Il est décrit comme un étant un “pervers constitutionnel” dépourvu d’affectivité et qui se caractérise par “l’amoralité, l’inaffectivité, l’indignité, l’impulsivité, la cruauté et l’inadaptabilité“. Bien que qu’antisocial, il est intelligent et sait se contrôler. Les experts posent le diagnostic “d’une forme de psychopathie rigidifiée qui est celui d’un pervers organisé ou constitutionnel (au sens de manière fondamentale). Il s’agirait donc d’un criminel à dimension pathologique sans irresponsabilité manifeste.” Il n’est donc pas dément et ce n’est pas non plus un pervers sexuel mais il serait difficilement curable et réadaptable. Il est surtout parfaitement responsable de ses actes donc passible des Assisses.

Nicky ne dira rien non plus à ses avocats sur son enfance ou sur sa vie avant son arrivée en Martinique. Il leur annonce cependant, après son inculpation, leur réserver une surprise le jour de l’audience.

Ce procès, toute la Martinique l’attend. Et c’est peu que de dire qu’aux yeux de tous, Nicky est coupable. Dans les premiers temps, la population ne réclame d’ailleurs qu’une chose: la peine capitale. La mort. Nous sommes en février 1981. Même si la dernière exécution à la guillotine remonte déjà à quatre ans, la peine de mort est encore en vigueur en France et certains crimes reprochés à De Freitas en sont passibles. La peine capitale sera abolie au début du mois d’octobre 1981 soit 8 mois avant son procès.

C’est la foule des grands jours qui se presse sur les grilles du Palais de Justice de Fort-de-France en ce 23 juin 1982. Tout le monde veut voir le “monstre”. Les témoins s’accordent d’ailleurs pour parler d’une ambiance électrique et d’une foule hostile hurlant sa haine sous forme d’insultes et de menaces de mort à cet étranger “venu semer la mort et la désolation“. Le jeune homme de 24 ans paraît presque frêle dans son fauteuil roulant mais semble indifférent au tumulte et à l’agitation autour de lui. Il va demeurer totalement impassible tout au long de son procès ne regardant personne et coopérant à peine.
Cette hostilité va être palpable toute la durée du procès:

Le Président de la Cour eut à ramener l’ordre à plusieurs reprises, ce qui n’empêchait pas la foule, véhémente de manifester ouvertement sa haine à l’égard de l’accusé.

A une suspension d’audience, quelqu’un s’était même approché pour frapper l’accusé et le service de sécurité de l’audience avait dû s’interposer. L’assistance prenait également a parti les avocats de la défense, ne comprenant pas comment ils avaient pu accepter de défendre un tel “monstre”.

Le bâtonnier de l’Ordre avait conseillé aux avocats de la défense de rester en robe pendant les suspensions d’audience pour ne pas risquer d’être bousculés. A la fin de chaque journée d’audience, ils devaient attendre dans le vestiaire des avocats le départ du public pour s’en aller à leur tour.
(Figures et procès: Le barreau de la Martinique 1900-2000, p.241)

Le premier jour d’audience, en plus de cette ambiance exceptionnelle, plusieurs événements notables sont à signaler. D’une part, la défense arrive à obtenir que les deux affaires ne soient pas jugées séparément chacune en deux jours par deux jurys différents comme prévu mais, argumentant que les faits reprochés sont connexes, indivisibles qu’ils se situent à une époque très rapprochée dans le temps, que De Freitas soit jugé par un seul et même jury en trois jours. D’autre part, alors qu’il commence à être interrogé par le Président de la Cour, Nicky lui répond dans une langue… inconnue. C’était la fameuse surprise qu’il avait promis à ses avocats à qui, ces derniers ne l’apprendront qu’après leurs plaidoiries, il ne faisait pas confiance. Ils parviendront tout de même, à la faveur d’une suspension d’audience, à le convaincre de répondre dans une langue intelligible sans pour autant qu’il coopère plus que d’habitude à la reprise des débats ne répondant que brièvement aux questions posées. Par contre, le huis-clos sollicité, toujours par le défense, pour l’audition de Catherine H. se heurte à l’opposition de la partie civile représentée par Maître Albert Elana (pour les familles de victimes) par l’Avocat général Guy Paris-Leclerc, substitut du Procureur général de la cour d’appel de Fort-de-France. La victime sera auditionné publiquement le lendemain matin.

Le deuxième jour voit donc se succéder à la barre un certain nombre de témoins dont les deux jeunes filles violées par ce dernier. Marcelle C. ne varie pas dans ses déclarations à la barre et l’accuse d’avoir tué Louis A. puis de l’avoir, elle, forcé à le suivre dans la montagne où il l’a violé. Nicky nie le meurtre le liant les événements à une affaire de drogue qui aurait mal tourné déclenchant une bagarre entre les deux hommes. Louis A. aurait appelé la jeune fille à l’aide et ordonné à celle-ci de prendre un coutelas dans la voiture. Nicky se serait alors servi de son corps comme d’un bouclier pour se protéger des coups qu’elle tentait de lui porter; coups qui s’avéreront fatals pour Louis A. Elle aurait alors tenté de prendre la fuite dans la voiture avant qu’il ne la rattrape. Elle aurait ensuite volontairement accepté de le suivre et d’avoir des relations sexuelles avec lui.
Catherine H. raconte quand à elle avoir vu Nicky frapper sa grand-mère, avant que ce dernier ne l’emmène de force et la viole. Il a également nié le meurtre de la grand-mère; accusant un complice. Il faut ici souligner que le corps n’a jamais été retrouvé.

Le troisième jour fut réservé au réquisitoire et aux plaidoiries. Celles de Maître Elana et de l’Avocat général qui, lui, requit la réclusion perpétuelle à perpétuité et celles des avocats de la défense (Maître Rioual la première puis Maître Auteville et Maître Michaux) qui demandèrent l’acquittement pour le meurtre de Emma H., la grand-mère.

to be continued

Il s’appelait Ellux Agolphne De Freitas dit Nicky (part 2)

Samedi, juin 14th, 2008

Première partie

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Comme pour sa toute première agression sur l’île, cette fois encore Nicky ne s’attaque pas à de totales inconnues; la maisons des deux victimes se trouvant non loin de l’Habitation Depaz où il avait travaillé. Catherine le connaissait de vue et il avait été aperçu rôdant souvent du côté de leur domicile. Emma H. s’était d’ailleurs plainte (comme tout le quartier) à plusieurs reprises de vols et avait accusé le jeune homme d’en être l’auteur.

Toujours est-il que ce 28 janvier 1981, Catherine, après avoir été témoin de l’agression de sa grand-mère, est emmenée de force dans le refuge de Nicky sur les contreforts de la Montagne Pelée. Ligotée, elle sera violée (une fois) le lendemain matin.

Ce n’est que le 30 janvier que les disparitions de Emma H. et de sa petite-fille sont signalées aux gendarmes de Saint-Pierre qui relient immédiatement l’affaire à Nicky et se mettent plus activement à sa recherche (rappelons qu’à ce moment il est déjà en cavale depuis plus de 3 mois). L’hélicoptère de l’armée est de nouveau de sortie et aux 200 gendarmes mobilisés (les chiffres oscillent entre 200 et 400 selon les sources) sont cette fois venus se joindre, à l’initiative du maire de Saint-Pierre, des bénévoles et des membres du conseil municipal. Il faut dire que la population exaspérée du manque d’entrain pour certains, du manque de moyens pour d’autres des forces de l’ordre a décidé de s’organiser. La peur latente depuis octobre se transforme en colère. Le nord de l’île (toutes les communes attenantes à la Montagne Pelée) est en ébullition. La population s’arme pour sa propre défense mais également dans le but de rechercher le fugitif et sa prisonnière.

Le 3 février 1981, la photo de Nicky s’étale pour la première fois en Une du France-Antilles. De véritables battues sont organisées pour une chasse à l’homme, contre l’ennemi public n°1, qui peut laisser présager de la pire issue. Les journaux de gauche s’en donnent à coeur joie dénonçant l’incurie, l’incompétence et le manque de retenue des autorités accusés par ailleurs de recherche de sensationnalisme via FR3 et France-Antilles tout en plaidant pour qu’il soit capturé vivant et jugé et non pas abattu à vue. La critique principale faites aux forces de l’ordre semble être la légèreté pré-supposée ou réelle avec laquelle les premières affaires ont été traitées. De son renvoi vers une île dont il n’était pas originaire à ses quatre mois de cavale durant lesquels il a été jusqu’à se montrer (fin octobre) dans les environs du bourg de Saint-Pierre déclenchant une course poursuite avec les gendarmes (qu’il parviendra à semer en coupant à travers champs). A décharge, une rumeur semble avoir circulé fin octobre 1980 d’un Nicky cherchant l’aide d’un pêcheur pour fuir vers Sainte-Lucie.
Concernant le traitement de l’affaire H., l’appui des bénévoles fait également l’objet de critiques virulentes. Quant à l’emploi à l’emploi tardif d’un chien policier (qu’on a, comble de l’insulte, fait venir de l’hexagone avec son maître alors qu’il existait des maîtres-chiens locaux dont les animaux auraient tout aussi bien fait l’affaire) cette critique qui peut tenir de l’anecdotique lorsqu’il s’agit de préciser l’origine de l’animal est encore une fois révélatrice de blessures plus profondes. Ainsi dans une ancienne colonie où le Code Noir était en vigueur, il n’est pas bon, ne serait-ce que pour la portée du symbole, utiliser un chien pour rechercher un fugitif… L’utilisation de chiens policiers aurait certainement rappelé par trop les pratiques qui avaient cours au temps de l’esclavage (pour rattraper les esclaves en fuite). Le risque (celui par exemple de retourner la population en faveur du fugitif) n’a vraisemblablement été pris que lorsqu’il s’est imposé comme la seule solution pour chercher convenablement un fuyard dangereux qui connaissait le milieu dans lequel il évoluait (le forêt tropicale en flancs de montagne) comme sa poche comme pour restaurer une image et une autorité quelque peu mises à mal.

Toujours est-il que quatre mois plus tard, bien qu’insaisissable, il est plus que jamais présent sur l’île et dans tous les esprits; faisant d’ailleurs l’objet des rumeurs les plus folles et contribuant ainsi à l’installation d’un drôle de climat.

“La terreur s’installe. Chacun a peur de rencontrer l’homme recherché qui, croient-ils, à la tombée de la nuit, redescend dans la ville. Les enfants doivent s’empresser de regagner leur domicile après la sortie de l’école. Les gens ne s’attardent guère dehors au crépuscule. La population est en proie à une véritable psychose collective.”
(Figures et procès: Le barreau de la Martinique 1900-2000, p.238)

Des relents de xénophobie (relayés par la presse) font également craindre le pire pour les originaires des autres îles de la Caraïbe qui pourraient faire les frais d’éventuelles représailles.

C’est dans cette atmosphère un brin délétère qu’est annoncé la libération de Catherine. Pourtant, ce ne sont pas les gendarmes, auxquels Nicky parvient à échapper pendant près de 10 jours encore et ce malgré la présence, que l’on imagine handicapante, de la jeune fille à ses côtés et accessoirement toute l’île à ses trousses, qui parviendront à le retrouver mais trois de ces fameux civils bénévoles. Le 7 février 1981, alors que Nicky et sa captive étaient tous les deux à découvert près d’une rivière, ils vont parvenir à la libérer en profitant d’un moment d’inattention de son ravisseur. Au cours du sauvetage, ce dernier, blessé par balle à la jambe, réussi tout de même à s’enfuir.

Le France-Antilles du lundi relate l’épisode; le récit par Catherine de son histoire achevant de convaincre l’opinion quant à la dangerosité du personnage. Personnage dangereux, blessé, mais qui encore une fois courre toujours malgré le déploiement sans précédent d’hommes sur le terrain et les diverses opérations de recherche. L’affaire se politise au point d’être évoquée en fin de séance au Conseil Général notamment par élus du groupe communiste. Les pouvoirs publics, le Préfet le premier, sont de nouveau pointés du doigt.

Le cauchemar des forces de l’ordre prendra fin le 16 février 1981, jour où Nicky est finalement découvert en forêt. Alors qu’il tente à nouveau de s’enfuir, un coup de feu l’atteint à la colonne vertébrale; blessure qui lui vaudra une paralysie des membres inférieurs. L’auteur du coup de feu n’a jamais été formellement identifié.

Le procès de Ellux Agolphne De Freitas dit Nicky s’ouvrira le 23 juin 1982 à Fort-de-France.

to be continued

Il s’appelait Ellux Agolphne De Freitas dit Nicky

Samedi, juin 7th, 2008

C’était les débuts des années 80 et je garde encore des souvenirs vivaces de la psychose populaire; psychose qui a atteint son paroxysme en janvier 1981. Rien à voir avec l’affaire Marny, là la violence gratuite et l’horreur des actes commis en faisait un grand méchant loup fait homme en puissance pour la petite fille de 5 ans que j’étais (image qu’une majorité de parents s’est appliquée, à l’époque, à distiller chez leur progéniture, surtout les jeunes filles, probablement pour leur éviter de faire les gros titres des journaux le lendemain). C’est simple: en plus de l’interdiction plus que formelle de parler aux inconnus, à la maison il m’était désormais interdit de m’approcher des portes et fenêtres et je devais toujours être dans la même pièce que les adultes - accessoirement très pratique pour écouter tout ce qui se dit et qui n’était parfois absolument pas de mon âge -. Les soirées s’étaient transformées en longs moments d’attente où on m’envoyait au lit beaucoup trop tôt. Du coup, je passais de longues heures à me tourner et à me retourner dans mon lit, sursautant au moindre bruit, et priant pour que les premières lueurs du jour (que moi j’associais au chant du coq), synonymes de répit, arrivent vite. Car, Nicky comme tout bon vampire assoiffé de sang qui se respecte frappait la nuit…

Il s’appelait, de son vrai nom, Ellux Agolphne De Freitas (parfois orthographié Defretas) dit Jerry alias Nickie Dinsley (nom dont il signe ses auditions) mais la Martinique se rappelle de lui sous le nom de Nicky et c’est sous ce nom qu’il va défrayer la chronique.

19 octobre 1980: des phares éclairent, étendu en bordure de la route qui longe la plage du Raisinier au Carbet, le corps sans vie de Louis A. Près d’une voiture (la sienne) garée en travers de la chaussée, le cadavre ensanglanté porte des blessures profondes, faites à l’arme blanche, au thorax, au cou et à la face. Très vite, les parents de la jeune fille qui l’accompagnait ce soir là signalent sa disparition. Marcelle C., entraînée de force, séquestrée et violée (une fois) par leur agresseur, ne parviendra à s’échapper que quelques jours plus tard; se perdant dans la montagne (la ville de Saint-Pierre se trouve sur les flancs de la Montagne Pelée) avant de réussir à regagner la ville. De là, elle est conduite dans les locaux de la brigade de gendarmerie et va conduire les gendarmes sur la piste des étrangers résidant à Saint-Pierre et dans les environs en leur révélant que l’homme qui les a agressé est anglophone.
Ayant réussit à identifier Nicky, sur un lot de photos, ce dernier fait l’objet d’un avis de recherches diffusé dans toute l’île puis d’un mandat d’arrêt délivré le 28 octobre 1980.

Se sachant recherché, Nicky reste introuvable et commence alors les débuts de la psychose de la part de la population à l’idée de ce criminel et pervers sexuel, étranger de surcroît, en liberté dans la nature.

En effet, De Freitas, 22 ans à l’époque des faits, est originaire non pas de la Dominique mais de Saint-Vincent (autre petite île de la Caraïbe). Cadet des cinq enfants d’une famille d’agriculteurs, il quitte l’école à 13 ans et travaille quelques années avec son père (jusqu’en 1976) avant que celui-ci ne mette à sa disposition et à celle de ses deux autres frères une partie de ses terres pour leur permettre de subvenir à leurs propres besoins. A la mort de son père, en 1977, le jeune Jerry se spécialise dans la culture de la marijuana ce qui lui vaut des ses premiers ennuis avec la justice de son pays. En février 1980, il s’évade de la prison de Kingston, où il était incarcéré depuis peu pour vols commis avec arme et coups et blessures. Il est à noter que les deux frères de Jerry (son frère aîné et son jumeau) ont été tués par la police en 1978 (à quelques mois d’intervalle) après s’être eux-aussi évadés de prison et réfugiés dans la montagne de South-River (lieu où la famille De Freitas avait ses terres).
Quand il débarque clandestinement en Martinique en avril 1980 - en provenance de Sainte-Lucie accompagné Emmanuel M. (Sainte-Lucien de son état), pour chercher du travail dans la coupe de la canne à sucre - son casier judiciaire porte déjà mention de 12 condamnations et il est répertorié, par les services de police de son pays, comme un individu violent. Se prétendant Trinidadien, c’est sous le surnom de “Trini” qu’il travaille comme coupeur de cannes à l’Habitation Depaz à Saint-Pierre.

Entre temps, sa présence irrégulière sur le territoire français, ainsi que celle de son comparse, est signalée aux forces de l’ordre qui effectuent un contrôle d’identité au cours duquel notre homme dit s’appeler Dinsley Nicky (combinaison du prénom de son frère aîné - Dinsley - et du nom de sa mère - Nickie - ) et être né en 1961 à Saint-John en Dominique. Il est donc expulsé vers la Dominique, en juillet 1980, mais regagne très vite la Martinique probablement avec la même filière qui lui avait permis de rentrer dans l’île la première fois même si lui prétend que se sont les autorités dominicaines qui l’y ont renvoyé le jour même (les experts psychiatres décèleront chez lui une tendance à la mythomanie).

Le 28 juillet 1980, soit peu de temps après son retour, il agresse, dans la Rivière des Pères, deux jeunes soeurs d’origine anglaise âgées de 13 et 16 ans; ses anciennes voisines Allée Pécoul à Saint-Pierre. De cette première agression sur le sol martiniquais on ne sait pas grand chose (certaines sources parlent de jet de pierres et d’évacuation de l’une des victimes par hélicoptère) toujours est-il qu’il prend le maquis pour la première fois en se réfugiant dans les contreforts de la Montagne Pelée. Il devient alors “Nicky”, un hors-la-loi réputé dès lors dangereux et rebelle à toute autorité qui rôde à Saint-Pierre et dans les alentours.

Il fait donc de nouveau parler de lui en octobre avant de disparaître trois mois, bien qu’étant recherché, pour refaire la Une des journaux fin janvier 1981.

En effet, dans la nuit du 28 au 29 janvier, Nicky pénètre par effraction au domicile de Emma H., 65 ans, qu’il agresse avant d’enlever sa petite-fille Catherine alors âgée de 13 ans…

to be continued

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