Archives mensuelles:

J’ai vu “Teeth”, l’OVNI de l’année !

Mercredi, mai 14th, 2008

Oui je sais, nous ne sommes qu’en mai !

Dawn est une adolescente qui essaie tant bien que mal de contenir sa sexualité naissante en étant une des membres les plus actives du club de chasteté de son lycée. Etrangère à son propre corps, la prude découvre que son vagin a la particularité d’avoir des dents…

Vous avez bien lu. Un truc de fou ce film ! Un délire entre gore attitude, film de genre, critique et satire sociale (autant du nouveau visage du puritanisme américain que de la domination masculine et patriarcale); le tout en dérapage totalement contrôlé. Une très bonne surprise.

On oscille entre fou rire, appréhension et peur (certains moments sont terrifiants en plus d’être dégoûtants) pour un film à mi-chemin entre le film d’horreur un peu gore et la comédie pour adolescent un peu beaucoup transgressive sur les bords notamment sur les thèmes abordés via la recherche identitaire de Dawn.

Parlons en donc de Dawn. La demoiselle a donc un vagin denté (je vous laisse imaginer les dégâts messieurs…) ce qui la plonge (nous avec) dans une peur et une perplexité sans fin face à ce “monstre” qui semble avoir élu domicile dans la partie la plus intime de son anatomie. Là où le délire est total c’est que ce qui va plus s’apparenter à une malformation anatomique n’est pas le fruit de l’imagination de Mitchell Lichtenstein mais une représentation de la femme castratrice (qui renvoie ces messieurs à leur peur primaire de la Femme d’une part, de son plaisir de l’autre) que l’on retrouve dans de nombreux mythes (Inde, Amérique, Polynésie). Selon wiki:

The vagina dentata appears in the myths of several cultures. Erich Neumann relays one such myth in which “A fish inhabits the vagina of the Terrible Mother; the hero is the man who overcomes the Terrible Mother, breaks the teeth out of her vagina, and so makes her into a woman.”

The myth expresses the threat sexual intercourse poses for men who, although entering triumphantly, always leave diminished.

Rien d’étonnant d’apprendre par la suite que selon Raitt, la “vagina dentata, expression de la peur du mâle en face de la femme castratrice, est à l’origine de la neutralisation de la femme dans une église à dominante masculine“.

Ici, le twist du réalisateur va être d’inverser le principe du récit originel où le héros doit triompher, en la conquérant, de la femme possédant ce type de vagin pour faire de la jeune ingénue une héroïne et finalement (et surtout ) une femme maîtresse de son destin envers et contre tout.

Ah. Il faut également souligner un casting très réussi; Jess Weixler ayant d’ailleurs empoché un prix spécial pour son interprétation de Dawn à Sundance en 2007.

Conclusion ? Une variation sur le thème de la perte de l’innocence qui vaut le coup d’oeil tant elle sort du lot.

Vu à MK2 Odéon pour ceux qui se demandent…

J’ai vu “Intraçable”: tous les ingrédients étaient réunis pour en faire un bon film…

Mercredi, avril 16th, 2008

… et pourtant le résultat est disons “moyen”. En étant gentille.

Portland. L’agent spécial Jennifer Marsh appartient à la section Cybercrime du FBI, chargée de traquer les “hackers”, fraudeurs et pédophiles qui utilisent Internet à des fins criminelles. Technicienne aguerrie, elle croyait avoir tout vu, avant qu’un prédateur d’un style inédit ne commence à diffuser sur la Toile les images des tortures infligées à ses victimes, et qu’il n’invite les spectateurs à participer à leur exécution.
L’affaire ne tarde pas à mobiliser la police locale, mais le criminel reste insaisissable, et son site introuvable. La traque prend bientôt une tournure personnelle lorsque Jennifer et ses plus proches collaborateurs sont pris pour cible. Un jeu du chat et de la souris s’engage alors dans l’urgence, mais il est peut-être déjà trop tard
…”

Un scénario qui tient la route, bien que linéaire, et des acteurs pas si mauvais que ça (avec une mention spéciale pour Joseph Cross qui joue le psychopathe de service)… Mais alors qu’est ce qui cloche ? (more…)

J’ai vu “Les 16 de Basse-Pointe” ou l’histoire d’un békécide*…

Mardi, avril 15th, 2008

Je rappelle que qu’en Martinique, le terme “béké” désigne familièrement les blancs créoles soit les descendants des colons venus s’établir sur l’île dès le début du XVIIe siècle. Cette minorité (à peine 1% de la population) a initialement bâti sa fortune et son pouvoir sur la production et le commerce du sucre dans le cadre du système esclavagiste de plantation. Malgré les soubresauts de l’Histoire politique de l’île, ils ont su conserver au fil des siècles et de nos jours encore leur position en tant qu’élite économique et sociale.

Le terme “békécide” du titre a été emprunté à un protagoniste du film et résume à lui seul la portée et le retentissement de cet assassinat.

Basse-Pointe est une commune du Nord de l’île.

Le 6 septembre 1948, en Martinique, dans le cadre d’une grève sur une habitation sucrière, l’Habitation Leyritz, à Basse-Pointe, un géreur, blanc créole, est assassiné de 36 coups de coutelas et retrouvé mort dans un champ de cannes de la plantation qu’il administre. Après une chasse à l’homme, 16 coupeurs de cannes syndiqués sont arrêtés et maintenus en détention préventive pendant trois ans…”

Au détour des archives personnelles de Me Georges Gratiant, l’un des acteurs clé du procès qui s’ouvrira à Bordeaux plus de trois ans après les faits, Camille Mauduech va découvrir l’histoire de ce meurtre jamais élucidé et prendre la décision d’exhumer un pan encore méconnu du grand public de notre Histoire post coloniale. (more…)

J’ai vu “Juno”…

Mercredi, avril 9th, 2008

… d’accord trois siècles après tout le monde mais je l’ai quand même vu !

Juno McGuff, 16 ans, est une jeune fille qui n’a pas la langue dans sa poche mais qui, sous ses airs de dure, se cherche comme toutes les adolescentes de son âge. Alors que la plupart de ses copines de lycée passent leur temps sur Internet ou au centre commercial, Juno ne fait rien comme les autres. C’est ainsi qu’un jour où elle s’ennuie, elle couche avec Bleeker, garçon aussi charmant que peu prétentieux.
Mais quand elle tombe enceinte accidentellement, elle décide de trouver le couple de parents adoptifs idéal qui pourra s’occuper de son bébé. Avec l’aide de sa meilleure amie Leah, elle repère dans les petites annonces du journal local Mark et Vanessa Loring qui rêvent d’adopter leur premier enfant. Soutenue par sa famille, Juno fait la connaissance des Loring. Tandis que le terme de sa grossesse approche, Juno va devoir faire preuve de maturité et de courage…

Ellen Page est partout. Interviews, couvertures de magazine. Partout depuis ce rôle qui l’a révélé au grand public. “Révélée” je dis bien parce que sa filmographie parle d’elle-même (premier film à 10 ans). Du coup, certains n’hésitent pas à voir en elle la prochaine “Jodie Foster” (uniquement en terme de carrière on se calme les filles) et il faut dire qu’elles ont au moins quelque chose en commun: le talent. A savoir si le reste la carrière suivra; seul l’avenir nous le dira…

Parce qu’il ne faut pas se leurrer “Juno” fait partie de ses films qui doivent tout à leurs acteurs (et à son actrice dans le cas présent) et “sonne” très cinéma indépendant. Un scénario qui peut paraître naïf (mais qui ne l’est pas) sur un cas de figure décalé avec des personnages loufoques, des situations cocasses et des dialogues ciselés: une recette qui commence à être connu pour un résultat réussit (ce n’est pas toujours le cas). A travers cette adolescente, son sens de l’humour et de l’autodérision, Jason Reitman réussi à nous parler des préjugés et de la stigmatisation (dans le style “l’habit ne fait pas le moine”) tout en focalisant sur tout autre chose à savoir le parcours initiatique d’une adolescente vers la maturité. Une comédie attachante. Un film qui se laisse apprécier.

Par contre il faudrait peut-être poster quelqu’un du planning familial à la sortie des salles pour les départements d’Outre-Mer; nos taux de grossesses précoces étant déjà assez important catastrophique comme ça… Je rappelle que le taux de grossesses précoces est de 7% en Martinique (le plus faible des DOM) soit un peu moins de 400 naissances de jeunes filles de moins de 19 ans alors qu’il est infime dans l’hexagone (stabilisé autour de 4000 depuis la fin des années 90 soit un taux de 0,5%). Bref, c’est un vrai problème de société.

Anyway, qu’est-ce que je peux vous en dire encore ? Ah ouais, c’est la meilleure performance d’actrice de Jennifer Garner depuis la première saison d’Alias.

Conclusion ? Tout le bien qu’on vous on a dit se voit à l’écran…

J’ai vu “Taken”… pathétique…

Jeudi, avril 3rd, 2008

Passe pour le scénario en lui-même, énième version du héros qui veut et va (of course) sauver un membre de sa famille envers et contre tout (et tous en général) quitte au passage à piétiner codes et lois, mais cette fois le message véhiculé (même pas de manière subliminale) est douteux sinon scandaleux.

\Que peut-on imaginer de pire pour un père que d’assister impuissant à l’enlèvement de sa fille via un téléphone portable ? C’est le cauchemar vécu par Bryan, ancien agent des services secrets américains, qui n’a que quelques heures pour arracher Kim des mains d’un redoutable gang spécialisé dans la traite des femmes. Premier problème à résoudre : il est à Los Angeles, elle vient de se faire enlever à Paris.

Attention, que ma remarque du début ne vous induise pas en erreur: le film est nul (en plus d’être manichéen); les quelques scènes de combat au corps à corps et de poursuites effrénées ne suffisant pas à gommer cet état de fait. J’aurais pu m’arrêter là et ne pas tirer plus que ça sur l’ambulance mais c’est quand même un peu la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

Je vous refait le synopsis en slow motion avec des spoilers dedans ?

Voilà ex-agent du gouvernement américain (apparemment spécialisé dans les sales besognes pour préserver son pays [...]

***

Vous n’allez certainement pas le croire mais ces quelques lignes tronquées (à cause d’une fausse manipulation de ma part) marquaient le début d’un de mes billet ciné les plus abouti (si, si !) ! Oui, sur cette daube de film… Ceci dit, ce n’est pas la première fois qu’une daube m’inspire.

Le récapitulatif de départ du synopsis se voulait cinglant et sanglant en essayant de démontrer l’incurie du scénario allié à un France-bashing digne des années Freedom-fries. En gros, les Français sont toujours aussi lâches et ingrats en plus d’être incompétents et corrompus. Conséquence ? La pire qui soit: ils ne sont même plus maîtres chez eux ! Du coup rien d’étonnant à ce qu’une jeune américaine de bonne famille et de bonne éducation se fasse enlevée dans une des villes les plus inhospitalières (car gangrenée d’étrangers malfaisants) au monde (que dis-je au sein de la galaxie toute entière): Paris. Vous pensez bien que son père ex super agent du gouvernement américain (chargé des sales besognes pour son pays et expert Es combat au corps à corps à mains nues) va se faire une joie de kärchériser d’éradiquer cette racaille pour retrouver sa fille par tous les moyens possibles et imaginables !

Moyens impliquant (of course) la torture justifiée par le statut de barbares des étrangers à qui notre “héros” à affaire et par le facteur temps (c’est une course contre la montre) d’où ma référence à un article du Monde intitulé “La jurisprudence Jack Bauer” dont je citais d’ailleurs les extraits suivants:

Il est vrai que George W. Bush est en fin de mandat et que sa popularité, au plus bas, ne peut guère en souffrir, mais une telle décision [décision de s'opposer au texte de loi voté par le Congrès, interdisant la pratique du "waterboarding", une simulation de noyade assimilée à un acte de torture par le manuel pratique de l'armée américaine] aurait été impossible si elle ne s’inscrivait dans un horizon d’attente marqué par un profond changement des normes et des valeurs éthiques acceptées par l’opinion américaine.

En attestent par exemple les innombrables scènes de torture dans les séries télévisées comme “24 heures chrono”, “Lost”, “Alias” ou “Law and Order”. De 2002 à 2005, pas moins de 624 scènes de torture ont été ainsi diffusées aux heures de grande écoute contre seulement 102 de 1996 à 2001. “Jack Bauer, le héros de “24 heures chrono,” n‘est pas un tortionnaire, déclare au New Yorker Joel Surnow, le créateur de la série, juste un citoyen qui sait se montrer convaincant quand il faut. Il paye très cher ce qu’il fait, tout ça pour sauver des millions de vies humaines. Il est l’incarnation même de la justice. Une machine à tuer dont nous rêvons tous en secret, car elle ne sanctionne que les raclures.”

[...]

Au cours d’un colloque de juristes à Ottawa en juin 2007, un juge à la Cour suprême des Etats-Unis, Antonin Scalia, a justifié l’usage de la torture en se fondant non pas sur des textes juridiques ou sur le droit international, mais sur l’exemple de Jack Bauer. L’université américaine de Georgetown propose déjà un cours destiné à étudier les questions de droit posées par la série “24 heures chrono”. Selon le magazine Slate, les cours ont lieu le mardi soir pour que les étudiants aient encore en tête l’épisode diffusé la veille sur Fox News…

C’est une claire indication de la dérive de l’administration Bush, qui, ne trouvant dans le droit international ni légitimation ni fondement, les recherche dans les fictions qu’elle inspire, instaurant une sorte d’auto-légitimation par la fiction et créant une jurisprudence basée non plus sur l’antériorité des décisions de justice, mais sur la performativité des actes fictionnels, une jurisprudence “Jack Bauer”.

Pour finir, je vidais mon chargeur (quelques balles) sur l’improbable performance d’acteur de Liam Neeson, sur les sourcils de Famke Janssen et sur cette manie de prendre des jeunes femmes d’un vingtaine d’années pour jouer les adolescentes à l’écran. Maggie Grace, 25 ans, joue quand même le rôle d’une gamine de 17 ans ! Pour palier à la pénurie d’actrices adolescentes (je ne m’explique pas ce choix sinon) il l’ont donc fringué comme une gamine de 6 ans en plus de lui faire adopter un comportement et une démarche d’attardée. Du coup chaque scène où elle se dandinait volontairement gauchement courait vers son père déclenchait chez moi un incontrôlable rire nerveux…

Au passage, j’égratignais la production et la réalisation (Europa Corp. - Luc Besson - et M6 Films et Pierre Morel) en me demandant s’il nous fallait en arriver là, nous pauvres français, pour espérer percer “aux states” sur le sillon fort lucratif du film d’action (n’hésitant pas à parler de prostitution). Que des Français donnent dans le French-bashing de bas étage je trouve ça franchement navrant. Le film sort sur les écrans US en septembre 2008… Just can’t wait… histoire de voir son score au box office.

Ma conclusion ? Je faisais allusion à un vieux proverbe chinois (sur lequel je n’arrive pas à remettre la main) qui disait il me semble “Lorsque ta compagne te fais des yeux de biche pour te convaincre, chiche écoute ta première idée… quitte à dormir sur le canapé !”.

A propos des archives