Archives mensuelles:

J’ai lu “Filles Perdues”

Lundi, avril 14th, 2008

Lost Girls” en anglais. Signé Alan Moore, alias le maître du scénario en matière de BD, épaulé cette fois, au dessin, de Melinda Gebbie, son épouse.

Lost Girls” c’est l’OVNI qui avait défrayé la chronique pour sa sortie l’an dernier. Et pour cause… il s’agit ici non pas d’une simple BD pornographique (”pornographique” et non pas “érotique” comme on a pu le croire dans le flou artistique qui entourait l’attente de la sortie du livre) mais du récit croisé de l’éveil et des fantaisies sexuelles de 3 des héroïnes les plus célèbre de la littérature enfantine: Alice (du Pays des Merveilles), Dorothée (du Pays d’Oz) et Wendy (la grande amie de Peter Pan). Contrairement aux difficultés que certains lui prédisaient, le livre en plus de se vendre comme des petits pains dans les circuits traditionnels (et pas sous le manteau) a été traduit très rapidement. C’est finalement Delcourt qui s’y est collé en sortant en mars de cette année (soit moins d’une année après sa sortie en VO) une édition intégrale de très bonne facture. Ils sont d’ailleurs en rupture de stock et à mon avis, la facture de l’édition n’y est pas pour grand chose…

Synopsis officiel ?

Durant plus d’un siècle, Alice, Wendy et Dorothée nous ont guidés à travers le Pays des merveilles, le Pays imaginaire ou les contrées d’Oz de notre enfance. Depuis leurs voyages, ces trois “filles perdues” ont grandi et sont prêtes à nous emmener, une nouvelle fois, dans un autre monde, celui de l’éveil et de l’épanouissement sexuel. Toutes trois se rencontrent au hasard des couloirs d’un luxueux hôtel autrichien en 1913 ; elles y révèlent leurs désirs et leurs plus intimes expériences.

Je vous le dis tout net, en dépit du dessin stylisé (un peu naïf) de Melinda Grebbie, il est hard. Et 318 pages de porno, aussi stimulant intellectuellement (ce n’est pas une blague et j’y reviendrais) soit le scénario, c’est fatiguant et surtout écoeurant au bout d’un moment. Faut dire que je lis mes BD d’une traite en général (ceci expliquant peut-être cela)… Il est surtout hard à cause de l’évocation de façon somme toute légère sinon ludique de certains thèmes: inceste, pédophilie ou viol par exemple. Ce qui est dérangeant (et que j’ai trouvé insupportable à certains moments) c’est que si on ne s’attache pas à la subtilité des dialogues et aux propos qui sont prêtées à nos héroïnes (en gros si on se contente des images); des pratiques sexuelles évoquées, aucune n’est condamnée. Aucune. Pas de manière formelle.

Pourquoi boire le calice jusqu’à la lie le lire en entier alors ? Tout simplement parce que le travail intellectuel, derrière ce qui semble n’être qu’un ramassis de fantasmes de vieux pervers dégénéré (et je pèse mes mots), est extraordinaire. Ex-tra-or-di-nai-re. Bluffant. Et surtout parce que le message de Moore est plus subtil qu’il ne semble l’être de prime abord même si le mode de narration (qui change avec les histoires) peut vite le rendre indigeste… (more…)

J’ai lu les tomes 1 à 6 de la série BD “Djinn”

Samedi, janvier 12th, 2008

Dans la religion musulmane, un Djinn désigne un esprit. Il peut-être aussi bienfaisant que malfaisant.
Se frotter à un Djinn ne laisse jamais insensible, surtout quand l’esprit se cache sous le corps désirable d’une femme splendide…

Voilà pour l’explication du titre de la série mais ne vous fiez y pas; il ne s’agit pas que de cela… Plus d’un an que je tournais autour des tomes de cette série, la faute à des couvertures magnifiques mettant en scène la même femme (toujours seule) dans des attitudes plus sensuelles les unes que les autres. Et quelle femme - “splendide” lui rendant à peine hommage si vous voulez mon avis -. Va savoir pourquoi je me contentais juste de me délecter de la couverture sans jamais l’ouvrir, ni chercher à en savoir plus à l’aide d’un synopsis par exemple; attendant le bon moment. J’ai appris à patienter dans ces cas là (ça m’arrive de plus en plus pour des livres mais c’était la première fois pour une BD). Histoire de faire durer le plaisir ? Kind of… La rencontre n’est que plus belle par la suite.

En septembre dernier: déclic. J’achète les deux premiers tomes (l’avantage de prendre une série en cours) et tombe littéralement sous le charme de Jade grâce notamment au coup de crayon de Miralles mais ça je m’y attendais peu. C’est cependant le scénario de Dufaux qui insuffle à l’oeuvre son pouvoir évocateur et sa magie.

L’histoire ? Kim Nelson, une jeune anglaise se lance, à Istanbul, sur les traces de ses racines turques à travers sa grand-mère Jade qu’elle n’a pas connu. Cette dernière était la favorite du sultan Murati; une femme magnifique et un Djinn puissant soit une arme redoutable et précieuse en des temps troublés où les puissances occidentales se disputent les faveurs de ce dernier. Le sultan Noir ne se privera pas d’ailleurs d’user et d’abuser des charmes de Jade; bouleversant à jamais de nombreux destins dont celui de Lord Nelson, un diplomate anglais, à travers son talon d’achille: sa femme.
Très vite, la quête identitaire de Kim Nelson va se transformer en chasse au trésor semée d’embûches et de surprises diverses… bonnes ou mauvaises. (more…)

J’ai lu “Persépolis”

Mardi, décembre 18th, 2007

Même en ayant vu le film d’animation avant, je suis bluffée par ce qui s’en dégage. L’envoûtement est bizarrement plus fort que celui qui a résulté de ma projection.

Persépolis l’IntégraleIl me semble (j’en suis sûre même) que la version cinématographique est beaucoup plus policée, beaucoup moins sombre. L’histoire est différente également. Certains passages ont été étoffés d’autres complètement élucidés. Prenons par exemple l’origine sociale de Marjane Satrapi : s’il n’est fait nul mystère de son environnement ouvert, aisé et cultivé dans la BD j’ai l’impression que le film escamote quelque peu cet élément. Or, à mon avis, il ne s’agit pas d’un point de détail. C’est une des clés ne serait-ce que pour mieux appréhender un personnage qui prend tout son sens par rapport à son contexte familial (grand-mère avant-gardiste, parents progressistes) et ainsi comprendre son parcours et cette liberté de pensée. L’Iran était certes un pays réputé pour sa laïcité et son modernisme avant la révolution islamique, mais le film peut, à tort, laisser penser (à ceux qui n’ont pas lu la BD) que le parcours de la narratrice tient principalement de son caractère. Il y a de ça mais pas seulement ! Ce que je veux dire c’est que Marjane Satrapi n’était pas une petite fille “comme les autres” même si c’est une petite fille qui a vécu la Révolution en Iran comme beaucoup d’autres ! Tous ceux qui avait son âge au moment des événements décrits n’ont peut-être pas eu la chance de pouvoir partir tout court au moment où ça n’allait plus ni de se permettre de braver aussi insolemment le pouvoir en place (en ayant les parents derrière pour payer les milliers de toumans qu’il fallait pour les sortir des griffes des gardiens de la Révolution) ! Attention : il ne s’agit en aucun cas d’un jugement mais plutôt d’une constatation. On en prend plus conscience en lisant la BD ; tout du moins j’en ai pris conscience, même si, je le répète, ça n’enlève absolument rien à ses difficultés et à son parcours. L’histoire, elle, reste universelle et c’est le plus important finalement.

What’s the point alors ? Disons que contrairement à ce que j’ai dit dans mon billet sur le film il s’agit bien d’une histoire (d’une histoire personnelle) et pas d’Histoire (même avec un background historique). Ce qui me rappelle à moi personnellement que l’Histoire est faites d’histoires ; de points de vue et de situations différentes et c’est d’ailleurs ce qui la rend fascinante comme discipline… “On” a toujours tendance vouloir gommer les nuances soit par pure propagande soit dans une volonté de simplification.

Mais rassurez-vous, bien heureusement, ce n’est pas tout ce que j’en ai retenu ! Ca a été un vrai bonheur que j’ai pris le temps de déguster. L’œuvre regorge de répliques qui font mouche et d’anecdotes qui rappellent une énième fois qu’il y a plus d’une façon de résister à un oppresseur tel qu’il soit. J’ai pu également constater encore une fois la force des aplats noirs et blancs qui laissent toute la place à l’histoire, au texte.

A lire.

***

Tiens, cette histoire de noir et blanc me rappelle que je suis en train de souffrir (c’est le terme) avec le “From Hell” en VO de Moore que je me suis ramenée de nos dernières vacances. Le truc à le format et le poids d’un botin en noir et blanc pages recto-verso… en plus d’être du Moore (scénario de malade). Ca rend humble (dire par exemple que je pensais me débrouiller en anglais avant de l’entamer !). Un truc de dingue. Chaque fois que j’en sors je suis pratiquement obligée de relire les dix pages précédentes pour avoir une chance d’en reprendre le fil ! Mais je l’aurai le lirai en entier un jour… je l’aurai le lirai en entier… En attendant j’en ai fini 5 ou 6 autres (BD) dont il faudra que je vous parle d’ailleurs.

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