Archives de la catégorie 'Vu, lu, entendu'

Archives mensuelles:

Aimé Césaire (26 juin 1913 - 17 avril 2008)

Jeudi, avril 17th, 2008

Il me suffirait d’une gorgée de ton lait jiculi pour qu’en toi je découvre toujours à même distance de mirage - mille fois plus natale et dorée d’un soleil que n’entame nul prisme - la terre où tout est libre et fraternel, ma terre.

Partir. Mon coeur bruissait de générosités emphatiques. Partir… j’arriverais lisse et jeune dans ce pays mien et je dirais à ce pays dont le limon entre dans la composition de ma chair: “J’ai longtemps erré et je reviens vers la hideur désertée de vos plaies”.

Je viendrais à ce pays mien et je lui dirais: “Embrassez-moi sans crainte… Et si je ne sais que parler, c’est pour vous que je parlerai”.
Et je lui dirais encore :
“Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir”.

Et venant je me dirais à moi-même :
“Et surtout mon corps aussi bien que mon âme, gardez-vous de vous croiser les bras en l’attitude stérile du spectateur, car la vie n’est pas un spectacle,car une mer de douleurs n’est pas un proscenium, car un homme qui crie n’est pas un ours qui danse…”

(Aimé Césaire, Extraits du “Cahier d’un Retour au Pays Natal“, 1947) 

J’ai vu “Les 16 de Basse-Pointe” ou l’histoire d’un békécide*…

Mardi, avril 15th, 2008

Je rappelle que qu’en Martinique, le terme “béké” désigne familièrement les blancs créoles soit les descendants des colons venus s’établir sur l’île dès le début du XVIIe siècle. Cette minorité (à peine 1% de la population) a initialement bâti sa fortune et son pouvoir sur la production et le commerce du sucre dans le cadre du système esclavagiste de plantation. Malgré les soubresauts de l’Histoire politique de l’île, ils ont su conserver au fil des siècles et de nos jours encore leur position en tant qu’élite économique et sociale.

Le terme “békécide” du titre a été emprunté à un protagoniste du film et résume à lui seul la portée et le retentissement de cet assassinat.

Basse-Pointe est une commune du Nord de l’île.

Le 6 septembre 1948, en Martinique, dans le cadre d’une grève sur une habitation sucrière, l’Habitation Leyritz, à Basse-Pointe, un géreur, blanc créole, est assassiné de 36 coups de coutelas et retrouvé mort dans un champ de cannes de la plantation qu’il administre. Après une chasse à l’homme, 16 coupeurs de cannes syndiqués sont arrêtés et maintenus en détention préventive pendant trois ans…”

Au détour des archives personnelles de Me Georges Gratiant, l’un des acteurs clé du procès qui s’ouvrira à Bordeaux plus de trois ans après les faits, Camille Mauduech va découvrir l’histoire de ce meurtre jamais élucidé et prendre la décision d’exhumer un pan encore méconnu du grand public de notre Histoire post coloniale. (more…)

J’ai lu “Filles Perdues”

Lundi, avril 14th, 2008

Lost Girls” en anglais. Signé Alan Moore, alias le maître du scénario en matière de BD, épaulé cette fois, au dessin, de Melinda Gebbie, son épouse.

Lost Girls” c’est l’OVNI qui avait défrayé la chronique pour sa sortie l’an dernier. Et pour cause… il s’agit ici non pas d’une simple BD pornographique (”pornographique” et non pas “érotique” comme on a pu le croire dans le flou artistique qui entourait l’attente de la sortie du livre) mais du récit croisé de l’éveil et des fantaisies sexuelles de 3 des héroïnes les plus célèbre de la littérature enfantine: Alice (du Pays des Merveilles), Dorothée (du Pays d’Oz) et Wendy (la grande amie de Peter Pan). Contrairement aux difficultés que certains lui prédisaient, le livre en plus de se vendre comme des petits pains dans les circuits traditionnels (et pas sous le manteau) a été traduit très rapidement. C’est finalement Delcourt qui s’y est collé en sortant en mars de cette année (soit moins d’une année après sa sortie en VO) une édition intégrale de très bonne facture. Ils sont d’ailleurs en rupture de stock et à mon avis, la facture de l’édition n’y est pas pour grand chose…

Synopsis officiel ?

Durant plus d’un siècle, Alice, Wendy et Dorothée nous ont guidés à travers le Pays des merveilles, le Pays imaginaire ou les contrées d’Oz de notre enfance. Depuis leurs voyages, ces trois “filles perdues” ont grandi et sont prêtes à nous emmener, une nouvelle fois, dans un autre monde, celui de l’éveil et de l’épanouissement sexuel. Toutes trois se rencontrent au hasard des couloirs d’un luxueux hôtel autrichien en 1913 ; elles y révèlent leurs désirs et leurs plus intimes expériences.

Je vous le dis tout net, en dépit du dessin stylisé (un peu naïf) de Melinda Grebbie, il est hard. Et 318 pages de porno, aussi stimulant intellectuellement (ce n’est pas une blague et j’y reviendrais) soit le scénario, c’est fatiguant et surtout écoeurant au bout d’un moment. Faut dire que je lis mes BD d’une traite en général (ceci expliquant peut-être cela)… Il est surtout hard à cause de l’évocation de façon somme toute légère sinon ludique de certains thèmes: inceste, pédophilie ou viol par exemple. Ce qui est dérangeant (et que j’ai trouvé insupportable à certains moments) c’est que si on ne s’attache pas à la subtilité des dialogues et aux propos qui sont prêtées à nos héroïnes (en gros si on se contente des images); des pratiques sexuelles évoquées, aucune n’est condamnée. Aucune. Pas de manière formelle.

Pourquoi boire le calice jusqu’à la lie le lire en entier alors ? Tout simplement parce que le travail intellectuel, derrière ce qui semble n’être qu’un ramassis de fantasmes de vieux pervers dégénéré (et je pèse mes mots), est extraordinaire. Ex-tra-or-di-nai-re. Bluffant. Et surtout parce que le message de Moore est plus subtil qu’il ne semble l’être de prime abord même si le mode de narration (qui change avec les histoires) peut vite le rendre indigeste… (more…)

Info ou Intox ?

Jeudi, avril 10th, 2008

J’ai vu “Juno”…

Mercredi, avril 9th, 2008

… d’accord trois siècles après tout le monde mais je l’ai quand même vu !

Juno McGuff, 16 ans, est une jeune fille qui n’a pas la langue dans sa poche mais qui, sous ses airs de dure, se cherche comme toutes les adolescentes de son âge. Alors que la plupart de ses copines de lycée passent leur temps sur Internet ou au centre commercial, Juno ne fait rien comme les autres. C’est ainsi qu’un jour où elle s’ennuie, elle couche avec Bleeker, garçon aussi charmant que peu prétentieux.
Mais quand elle tombe enceinte accidentellement, elle décide de trouver le couple de parents adoptifs idéal qui pourra s’occuper de son bébé. Avec l’aide de sa meilleure amie Leah, elle repère dans les petites annonces du journal local Mark et Vanessa Loring qui rêvent d’adopter leur premier enfant. Soutenue par sa famille, Juno fait la connaissance des Loring. Tandis que le terme de sa grossesse approche, Juno va devoir faire preuve de maturité et de courage…

Ellen Page est partout. Interviews, couvertures de magazine. Partout depuis ce rôle qui l’a révélé au grand public. “Révélée” je dis bien parce que sa filmographie parle d’elle-même (premier film à 10 ans). Du coup, certains n’hésitent pas à voir en elle la prochaine “Jodie Foster” (uniquement en terme de carrière on se calme les filles) et il faut dire qu’elles ont au moins quelque chose en commun: le talent. A savoir si le reste la carrière suivra; seul l’avenir nous le dira…

Parce qu’il ne faut pas se leurrer “Juno” fait partie de ses films qui doivent tout à leurs acteurs (et à son actrice dans le cas présent) et “sonne” très cinéma indépendant. Un scénario qui peut paraître naïf (mais qui ne l’est pas) sur un cas de figure décalé avec des personnages loufoques, des situations cocasses et des dialogues ciselés: une recette qui commence à être connu pour un résultat réussit (ce n’est pas toujours le cas). A travers cette adolescente, son sens de l’humour et de l’autodérision, Jason Reitman réussi à nous parler des préjugés et de la stigmatisation (dans le style “l’habit ne fait pas le moine”) tout en focalisant sur tout autre chose à savoir le parcours initiatique d’une adolescente vers la maturité. Une comédie attachante. Un film qui se laisse apprécier.

Par contre il faudrait peut-être poster quelqu’un du planning familial à la sortie des salles pour les départements d’Outre-Mer; nos taux de grossesses précoces étant déjà assez important catastrophique comme ça… Je rappelle que le taux de grossesses précoces est de 7% en Martinique (le plus faible des DOM) soit un peu moins de 400 naissances de jeunes filles de moins de 19 ans alors qu’il est infime dans l’hexagone (stabilisé autour de 4000 depuis la fin des années 90 soit un taux de 0,5%). Bref, c’est un vrai problème de société.

Anyway, qu’est-ce que je peux vous en dire encore ? Ah ouais, c’est la meilleure performance d’actrice de Jennifer Garner depuis la première saison d’Alias.

Conclusion ? Tout le bien qu’on vous on a dit se voit à l’écran…

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