Quid du mariage et de la virginité alors ?
Le phénomène des blogs a ceci d’intéressant qu’il permet la vulgarisation, grâce à certains auteurs pédagogues et très talentueux en plus d’être compétents, de matières qui peuvent paraître ardues sinon rébarbatives au commun des mortels. En droit, deux blogs de qualité retiennent mon attention et me permettent de me garder de conclusions hâtives, en attendant que l’un ou l’autre veuille bien éclairer ma lanterne sur le sujet du moment en général en rapport avec l’actualité, avant de me faire une opinion “définitive” (qui n’engage que moi of course).
Sur l’affaire, qui a fait couler beaucoup trop d’encre cette semaine, pour être honnête ou du moins pour ne pas se faire l’écho d’un certain nombre de sourdes inquiétudes (je reviendrais là dessus), à savoir l’annulation d’un mariage pour défaut de virginité en l’occurrence, je retiens donc ces deux avis de juristes.
Le premier est celui de maître Eolas (qu’on ne présente plus):
Ce jugement ne dit absolument pas que le mariage d’une femme non vierge est nul, ni que la virginité est une qualité essentielle de la femme. Il dit ceci et rien d’autre. Madame Y… a menti à Monsieur X… sur un point qu’elle savait très important pour lui. Elle savait que si Monsieur X… avait su la vérité, il ne l’aurait probablement pas épousé. Et d’en tirer les conséquences légales que lui demandent les deux époux dans ce qui après tout est leur vie.
(Journal d’un avocat, N’y a-t-il que les vierges qui puissent se marier ?)
Le second c’est celui de Jules (qu’on présente encore ?):
Les juges ont en effet appliqué le second alinéa de l’article 180 du Code civil :
S’il y a eu erreur dans la personne, ou sur des qualités essentielles de la personne, l’autre époux peut demander la nullité du mariage.
Autrement dit, lorsque l’un des époux commet une erreur sur l’identité — c’est rare — de la personne ou sur ses “qualités essentielles”, il peut solliciter l’annulation du mariage. Tout se passera comme si le mariage n’avait pas eu lieu, faute d’avoir été consenti valablement.
La première question, bien sûr, est de savoir quelles sont les “qualités essentielles” d’une personne.
Et cette réponse n’admet pas de réponse tranchée.
Diner’s room, “La virginité de la femme est-elle une condition du mariage“
Point. Ca a le mérite d’être clair, non ?
Qu’est-ce qui cloche alors ? Pourquoi ce malaise persistant face à cette décision qui, nous assure t-on, n’a rien d’une gageure tout du moins en terme de droit (et de son évolution) ? Pourquoi est-ce que je continue à penser “répudiation” et à m’inquiéter des effets d’une telle jurisprudence alors qu’en commentaire des billets cités précédemment on m’assure du contraire ? Et quand je dis “répudiation” je ne pense pas seulement aux musulmans parce que cela m’étonnerait que cette affaire n’ait intéressé que les partisans d’un Islam radical; certains courants catholiques n’ayant absolument rien à leur envier dès qu’il s’agit d’intégrisme.
Pour ma part (je dis bien en ce qui me concerne), je l’attribue au climat de méfiance qui s’est installé depuis la sortie polémique (à juste titre) de notre cher président à Saint-Jean-de-Latran, en janvier de cette année, sur la “laïcité positive” et la place des religions notamment dans une période ou ces dernières ne s’immiscent à mon sens que trop dans la vie sociale. Rajoutez à cela (faute à un timing malheureux ?) les trois arrêts de la cour de cassation rendus en février sur l’enfant né sans vie interprétés, à tort, comme les débuts d’une tentative de légifération sur le statut de l’embryon (prélude à une attaque sérieuse contre le droit à l’avortement) et ça commence à faire un peu beaucoup en un peu plus d’un an de règne présidence. Don’t get me wrong, je ne suis pas en train de dire qu’il a le moindre rapport avec les décisions judiciaires rendues. Je dis qu’il y a longtemps qu’en France des décisions/discours n’avaient pas semblé être aussi favorables aux religions tout en coïncidant bizarrement à ce qui peut être assimilé à une menace diffuse notamment pour les droits des femmes. Droits, je le rappelle, conquis de haute lutte justement grâce à un laïcisation de la société française et à une stricte séparation de l’Eglise et de l’Etat soit la seule laïcité qui ai mes faveurs: la laïcité républicaine.
Du droit à l’avortement en passant par le principe de mixité des classes pour finir avec cette dernière polémique; tout paraît désormais bien incertain, à tort certainement, mais que voulez-vous, le ver de la suspicion est dans le fruit. Tout du moins me concernant.
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- Publié:
- 1.6.08 / 8:40
- Catégorie:
- Point de vue






Ah ! La polémique du moment ce jugement !
Et bien, que dire… Mon avis est traduit par le billet de Maître Eolas. C’est clair, limpide. Tout ce qui gène certains, c’est le sujet en cause ! Ca ravive des tensions, c’est dommage. Surtout quand on lit les communiqués de “Ni putes ni soumises”… Faut se dire que les juges sont pas la pour trancher les problèmes de société.
Peut être parce que le droit, c’est “mon truc”, je ne vois aucun piège dans cette décision. C’est une stricte application du droit, un très bon raisonnement. Excellent cas pratique pour les étudiants, comme le dit maître Eolas.
Le noeud ici, c’est que la jeune marié a acquiescé (même si cette démarche n’était pas valable en l’espèce).
A mon avis, elle ne l’aurait pas fait, que la décision aurait probablement été différente.
C’est vrai, imaginons deux minutes qu’elle ait défendu l’idée qu’elle n’imaginait pas que sa virginité puisse être déterminante pour son mari, qu’elle trouvait cette option ridicule, par exemple… Le raisonnement des juges en prendrait un sacré coup (sur le caractère objectif de l’erreur).
Par contre, il faut nuancer l’effet “jurisprudence” d’une telle décision je pense. Contrairement aux USA, en France il n’y a pas de “précédents” figés. Le juge ne remplace pas la loi, les “arrêts de règlement” sont interdits.
En l’espèce, le juge a tenu compte de faits précis (acquiescement, l’épouse qui consent…). Les juges qui suivront n’appliqueront pas bêtement cet arrêt. Ils sont libres, ils tranchent selon leur intime conviction et surtout, les faits.
De surcroît, c’est un arrêt du TGI, et non de la Cour de Cassation. Même si la portée médiatique du jugement est énorme, sa portée jurisprudentielle reste à confirmer. La jurisprudence est donc LOIN d’être figée en la matière.
Je pense que le problème n’est pas tant ces décisions de justice que l’usage que l’on en fait et le prisme par lequel on les interprête.
Ces décisions ne sont pas nées d’un énième changement de loi. Elles sont l’application de la loi actuelle, sans aucun “effet de Latran” ou autres.
En revanche, le climat de la société est tel que l’on n’a de cesse de chercher le “piège” religieux, la “chausse-trape” intégriste, le “guet-apens” présidentiel.
Cette décision, fondée en droit, aurait-elle eu lieu sous un autre président que l’on n’en aurait probablement pas entendu parler.
Il est temps de sortir de la fascination religieuse, de se débarrasser de la “sarkose” ambiante, de redevenir libres dans nos opinions, nos avis et nos choix : revenons aux faits, arrêtons la paranoïa “on remet en cause nos droits”.
Moi aussi, j’ai pris la peine de lire le billet de maître Eolas pour avoir un éclairage juridique sur l’affaire du moment. Il nous a pondu un billet brillant, limpide, enrichissant comme d’hab. Mais il n’a pas voulu voir la portée d’un tel jugement. Il s’est même un peu moqué de ceux qui se sont dit outrés d’une telle décision de justice. J’ai entendu la réaction d’E. Badinter et je ne pense pas que l’on puisse la mettre dans la catégorie de celles qui ont l’habitude de participer à “des festivals d’outrance”.
Je fais partie de ceux qui ont tout de même ce jugement en travers de la gorge, car je considère que d’une certaine manière même s’il s’agit que d’un cas particulier, ce jugement a bien mis en équation : mariage = virginité.
Le jugement très bien fondé en droit véhicule bien une idéologie. Certes, je ne suis pas une juriste mais je sais tout de même que les décisions de justices, transmettent des normes juridiques. Ces normes juridiques sont bien le témoignage de l’évolution d’une société.
Je crois que la portée et je pèse bien mes mots, j’ai bien dit portée de ce jugement est un coup dur pour la condition féminine.
Ouaip, mais comme l’a dit Rachida Dati, le fait d’annuler un mariage permet aussi de protéger la personne.
Le jugement profite aussi et surtout à la jeune mariée, qui apparemment voulait se défaire du lien elle aussi !
Le juge aurait refusé d’annuler le mariage que la condition féminine aurait pris un sacré coup aussi !!
Quand Elisabeth Badinter dit : “J’ai honte que la justice française n’ait pas pris à cœur de défendre toutes ces jeunes filles”, ben, je me demande à quoi elle pense…
Puis on parle de laïcité bafouée un peu partout… La laïcité, ce n’est pas systématiquement mettre à l’écart tout ce qui est religieux, mais traiter cela de manière objective, comme n’importe quel autre fait !
“les trois arrêts de la cour de cassation rendus en février sur l’enfant né sans vie interprétés, à tort, comme les débuts d’une tentative de légifération sur le statut de l’embryon ”
je ne suis pas trop d’accord avec ton “à tort”.
Les courants integristes de tous poils n’attendent que ça pour remettre en cause le droit à l’avortement, c’est une réalité.
Dans la ville où je vis, des gynéco sont soumis à la pression d’association contre le droit à l’avortement, ce qui est réellement nouveau (info de la ddass).
Donc oui, il y a réellement une pression sur ce sujet et les jugements de la cour de cassation ont un sens.
il n’y a qu’à voir le projet de loi au canada sur le statut de l’embryon.
Le projet de loi C-484 « sur les enfants non encore nés, victimes d’actes criminels » est adopté, il créera des bouleversements majeurs. Reconnaître le fœtus
comme une victime, c’est lui accorder une existence et des droits.
Actuellement le droit canadien considère qu’« un foetus est partie intégrante du corps de la mère tant qu’il n’est pas né ». Si le projet est adopté, beaucoup craignent que ce soit un premier pas vers la « recriminalisation » de l’avortement.
_Source_ : http://
http://www.rue89.com/rue-des-erables/au-canada-une-loi-menace-le-droit-a-l-avortement
on imagine donc un mari portant plainte contre sa femme ou un geniteur portant plainte contre une femme pour avoir avorté sans son accord……