Comme en quarante…
Comme en 1965 devrais-je dire… Il fait la Une du France-Antilles comme en 1965. A l’époque, il avait 22 ans.
Aujourd’hui la Martinique a “célébré” le retour au bercail d’une des stars de son histoire criminelle: Pierre-Just Marny alias “la Panthère Noire”. Condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, par la cour d’Assises de Paris en 1969, le plus ancien détenu de France a donc obtenu son transfèrement (vraisemblablement contre l’avis du parquet de Fort-de-France) sur son île natale et loge désormais au sein du Service Médico-Psychologique Régional du Centre Pénitentiaire de Ducos.
La Panthère Noire… Réclusion criminelle à perpétuité… Service médico-psychologique… Qu’a t-il donc fait ??
Allez, je ne vais pas vous la jouer “Faites entrer l’accusé” plus longtemps vu que je n’ai pas le talent d’un Christophe Hondelatte. Reprenons du début voulez-vous ?
En 1963, Pierre-Just Marny comparait devant le tribunal correctionnel de Fort-de-France, en compagnie de quelques complices, pour une série de vol de voitures dont ils se sont rendus coupables. Il accepte vraisemblablement d’endosser l’entière responsabilité des faits en échange de sa part du butin (et plus ?) à sa sortie de prison. Première version appréciée des Martiniquais en mal de scénarios hollywoodiens. Il est chargé par ses comparses mais décide de se taire histoire de régler ses comptes plus tard parce que la vengeance est un plat qui se mange froid. Deuxième version appréciée des suppôts de l’Etat français colonialiste. Toujours est-il qu’il est condamné à 4 ans de prison dont 2 avec sursis. C’est donc 2 ans plus tard (le 2 septembre 1965) qu’il se met à la recherche de ses comparses. Et c’est là que les choses vont mal tourner et les événements se précipiter.
Marny a effet une réputation de caïd qui ne semble pas usurpée. Devant l’accueil et/ou les réponses reçus, c’est bientôt armé d’un fusil qu’il continue ses recherches qui vont le mener de Schoelcher à Fort-de-France en semant la mort sur son passage au hasard. Résultat des courses: trois morts (dont un enfant) et quatre blessés.
C’est le début d’une course poursuite et d’un jeu de cache cache qui va mettre tous les gendarmes et policiers de l’île sur les dents pendant 6 jours. Le 8 septembre, il est finalement arrêté, non sans avoir ouvert le feu, et présenté au juge d’instruction le lendemain. L’affaire semble connaître son épilogue. Mais c’est sans compter sur la personnalité du jeune homme puisqu’un mois plus tard, coup de théâtre: Marny s’évade du 107 rue Victor Sévère (l’adresse de la prison à l’époque). La traque recommence; une légende naît.
L’opinion publique est alors partagée entre ceux qui éprouvent de la sympathie pour cet homme seul, ce simple Martiniquais (d’un milieu modeste de surcroît) victime de la société qui tient tête aux forces de l’ordre colonialistes et ceux qui ne voit en lui que l’assassin d’enfant, le voyou qui a mal tourné. Neg mawon (nom donné aux esclaves noirs qui s’échappaient des plantations souvent au péril de leur vie souvent pour rejoindre les hauteurs, difficilement accessibles, de l’île) ou vakabon (non, il n’y a pas de faute d’orthographe et c’est bien le mot en créole pour “vagabond” ou plutôt “voyou”) ? “La Panthère” (surnom que lui trouve un journaliste) devient bientôt “La Panthère Noire”.
La presse se déchaîne. La psychose gagne la population. Il est partout. Tout le monde l’a vu ou aperçu. Il alimente toute les conversations.
Qu’il ai bénéficié ou pas de soutiens au sein de la population, ce n’est que 9 jours plus tard que les forces de l’ordre lui remettent les menottes au poignet. Là encore, les circonstances mériteraient les faveurs d’un scénario.
En ce 19 octobre 1965, on signale sa présence dans une épicerie de Sainte-Thérèse (quartier populaire de Fort-de-France). Encerclée par les gendarmes, il refuse de se rendre et essuie une rafale qui le touche au poumon et à l’abdomen. Cette interpellation mouvementée déclenche 3 jours d’émeute à Fort-de-France avec comme prélude l’incendie de l’épicerie où se sont déroulés les faits; la patronne étant accusée de l’avoir dénoncé. Les événements feront un mort et 40 blessés…
Dès lors, pas question de le juger en Martinique. Il est donc transféré vers Paris un mois plus tard.
La suite vous la connaissez.
L’histoire pourrait s’arrêter là et Marny aurait peut-être pu être libéré plus tôt, s’il n’avait pas fait parler de lui durant ses années d’incarcération. Réputé violent, il a en effet tenté de s’évader à une autre reprise et surtout crevé l’oeil d’un de ses gardiens. Du coup, il a surtout séjourné dans des quartiers de haute sécurité et en hôpital psychiatrique (personne ne semble exactement savoir de quelle pathologie mentale il est atteint mais tout porte à croire que le traitement psychiatrique suivi soit des plus lourd).
Il est étonnant, pour moi qui n’était pas née au moment des faits, de constater à quel point cet homme est présent dans notre mémoire collective encore aujourd’hui. Paraît-il qu’on dit “an kout’ Marny…” (traduction littérale maladroite: “à la Marny”). J’ai été très surprise de constater à quel point l’évocation de son nom déchaîne encore les passions. Nèg mawon ou vakabon, la question ne semble pas plus tranchée hier qu’aujourd’hui…
Le contexte économique et social et la récupération de son histoire, à l’époque, par une certaine frange de notre échiquier politique n’arrange pas les choses à mon avis. Comme toute légende il y a certainement dû avoir des ajouts ça et là (positifs ou négatifs). On lui prête même des remords. Lors de son arrestation, il aurait en effet déclaré “La seule chose qui me fait mal au coeur c’est que j’ai tué un enfant. Mais il fallait que je me venge. Signé la panthère noire“.
Signé la Panthère Noire ??? Ca me paraît un peu gros… Fallait-il en faire un héros digne de ce nom ? That is the question.
Reste trois morts et leur assassin qui fait la Une des journaux quarante ans après…
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- Publié:
- 28.5.08 / 20:25
- Catégorie:
- Point de vue






paradoxe martiniquais: Marny est un héros pour certains, victime de la société post-colonialiste une décennie plus tard ils “aident” les gendarmes a traqué Nicky criminel pour tous, la différence entre les deux ? Nicky est etranger…….Marny, Nicky point commun la vengeance…
Ouah c’est la première fois que j’entends parler de cette histoire. Quant à sa place dans la mémoire collective…
C’est bien de pouvoir garder contact avec l’actualité france-antillaise en tout cas.
Merci de ces précisions. Je fais soudain le rapprochement entre ce prisonnier sexagénaire et le fameux Marny dont m’avaient parlé il y a quelques années des amis de Gros Morne. La conversation avait alors encore été vive, et les avis contrastés sur le personnage. C’est surtout la psychose et la forte présence policière un peu partout suite à son évasion qui avaient frappé les esprits.
Encore merci pour vos articles intelligents et intéressants!
Moi ce que je ne peux m’empêcher de me dire c’est qu’il faut quand même se méfier des “héros” qu’on choisit et du coup du message qu’on véhicule (pour nos plus jeunes). Je répète, je n’étais pas née au moment des faits et je suis consciente qu’à cette époque les luttes sociales dans l’île étaient justifiées et très âpres mais je ne vois pas ce que le cas Marny (qui a toujours reconnu les faits qui lui ont été reprochés et qui a quand même tué 3 personnes ! - vengeance ou pas ce n’est plus le propos - ) vient faire là dedans !
Dans une île ou la délinquance est ce qu’elle est et où tout le monde se plaint en voilà un qui se verrait pardonné parce qu’il a une belle gueule (faut dire ce qui est) et parce qu’il a échappé aux forces de l’ordre à plusieurs reprises ???! Je rêve ! Les autres leur délinquance c’est de la faute à l’Autre (le monde entier sauf nous) et à sa culture que déverse à flots cet instrument du diable qu’est la télévision et celui là ce n’est pas de sa faute mais encore celle de la société post coloniale qui l’opprimait (lui et tous les autres)… On prend nos responsabilités quand dans tout ça ???
Faut arrêter 2 secondes je pense.
Au fait, quelqu’un peut me dire l’année où Nikki défrayait la chronique en Martinique. J’étais très jeune mais je ne me souviens pas exactement. Quelqu’un aurait l’info ?
affaire nicky 1982
[...] de la psychose populaire; psychose qui a atteint son paroxysme en janvier 1981. Rien à voir avec l’affaire Marny, là la violence gratuite et l’horreur des actes commis en faisait un grand méchant loup [...]
On est d’accord: ce n’est pas héros ! Moi c’est le point sur lequel je voulais insister dans mon billet. Rien d’autre. Marny n’est pas Robin des Bois (il n’a jamais été un enfant de coeur d’ailleurs) et échapper aux forces de l’ordre pour des crimes avérés où des innocents ont payés de leur vie ne fait pas de vous un modèle ce quelque soit le contexte socio-économique ! C’est tout.
Après ton commentaire touche au “problème” de la libération anticipée qu’il a demandé chose à laquelle je ne fais pas allusion et sur laquelle je me garderais bien de me prononcer même “au nom de dieu”.
C’est à la justice des hommes de trancher et de dire s’il a assez purgé sa peine (je ne suis pas sûre que les familles des victimes soient de cet avis mais bon).
Juste… ses anciens comparses ne l’ont pas aidé à appuyer sur une gâchette pour tuer trois personnes dont un enfant (si le le sien en plus - ça je l’ignorais -) que je sache…
Sans lui jeter de pierre, ne tombons pas dans le travers contraire: arrêtons de lui chercher des excuses.
ouais ouais … Marny a pété un cable parce que c complice ne son pas venu lui rendre sa “part”. c’est un ancien de chez moi qui me la dit et encore une chose c’étais peut être un vacabon mais les vols et autres c’étais pas seulement pour sa gueule qu’il le faisait… biensur france-antille ne le dira pas. et il dise un hero… les ancien de la dillon eux dise qu’on le respectait tout simplement, jusqu’a qu’il pète un cable? Marny pour les ancien de la dillon c’étais plus qu’un vacabon. il volais pour avoir du fric en main et nourir sa famille apres…