Aimé Césaire (26 juin 1913 - 17 avril 2008)
Il me suffirait d’une gorgée de ton lait jiculi pour qu’en toi je découvre toujours à même distance de mirage - mille fois plus natale et dorée d’un soleil que n’entame nul prisme - la terre où tout est libre et fraternel, ma terre.
Partir. Mon coeur bruissait de générosités emphatiques. Partir… j’arriverais lisse et jeune dans ce pays mien et je dirais à ce pays dont le limon entre dans la composition de ma chair: “J’ai longtemps erré et je reviens vers la hideur désertée de vos plaies”.
Je viendrais à ce pays mien et je lui dirais: “Embrassez-moi sans crainte… Et si je ne sais que parler, c’est pour vous que je parlerai”.
Et je lui dirais encore :
“Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir”.Et venant je me dirais à moi-même :
“Et surtout mon corps aussi bien que mon âme, gardez-vous de vous croiser les bras en l’attitude stérile du spectateur, car la vie n’est pas un spectacle,car une mer de douleurs n’est pas un proscenium, car un homme qui crie n’est pas un ours qui danse…”
(Aimé Césaire, Extraits du “Cahier d’un Retour au Pays Natal“, 1947)
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- Publié:
- 17.4.08 / 14:49
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“Je suis de la race de ceux qu’on opprime”
Césaire, Damas, Senghor les trois pères de la Négritude. Toutes mes condoléances les plus attristées à la Martinique, aux Antilles, et à l’Afrique. Mais si l’homme s’en est allé, ses écrits, ses vers, son oeuvre et son engagement pour la Cause Noire restera gravée à tout jamais. Rest in peace !
Bel extrait, bel hommage…
J’aime la suite !
… “Et voici que je suis venu !
De nouveau cette vie clopinante devant moi, non pas cette vie, cette mort, cette mort sans sens ni piété, cette mort ou la grandeur piteusement échoue, l’éclatante petitesse de cette mort, cette mort qui clopine de petitesses en petitesses; …”
(Extrait du même ouvrage d’Aimé Césaire, “Cahier d’un Retour au Pays Natal“, réédité en 1983)
C’est ça, l’immortalité.
Condoléances, à la famille d’Aimé Césaire, au peuple martiniquais, aux peuples caribéens, de la part d’un métropolitain qui, s’il a hélas peu entendu parler d’Aimé Césaire lors de son cursus scolaire, est conscient qu’au delà de la Martinique, la France vient de perdre un immense homme de culture et d’action.
J’ajoute que le contenu de ce billet m’incite à me pencher sur l’œuvre de M. Césaire. Que ne l’ai-je fait de son vivant…
Enfin, honte à celles et ceux qui tenteront de tirer profit de cette disparition ; j’ai déjà entendu quelques réactions qui me laissent penser que ça va être le cas.
Il y a de grands hommes qui entrent dans nos vies par la grande porte, celle du cœur, et qui nous marque ad vitam eternam.
Vincent commence par “Cahier d’un Retour au Pays Natal“, et lis les recueils de poésie,”Toussaint Louverture” ou une “Saison au Congo”. Tu nous diras ce que tu en as pensé.
” Il nous faudra avoir la patience de reprendre l’ouvrage,
la force de refaire ce qui a été défait;
la force d’inventer au lieu de suivre;
la force” d’inventer notre route et de la debarrasser des formes toutes faites, des formes pétrifiées qui l’obstruent”.
Aimé CESAIRE
extrait de la lettre à Maurice Thorez Oct1956
JE VOUS INVITE A LIRE CETTE LETTRE DE CESAIRE.