“Tout usage finit par se changer en abus.”

A l’heure où j’écris le port de Fort-de-France est totalement bloqué. Une semaine que ça dure. La raison ? Grève des dockers. L’habituel blocage au moment des Négociations Annuelles Obligatoires sur la revalorisation des salaires, of course ! De l’art de la négociation sur des bases saines entre gens responsables: tu m’augmentes ou je bloque le port poumon d’une île à l’économie sous perfusion ! Un classique. Des années que ça dure. Pour mieux comprendre, cet article de Yves-Michel Riols intitulé “La vie de nabab des dockers de Fort-de-France” paru dans L’Expansion le 27 avril 2006 (article introuvable dans les archives du site Internet du journal mais dont on trouve référence ailleurs).

Ils contrôlent l’unique port de la Martinique et ont un salaire moyen de 6000 euros par mois.

Quel est le seul parking de la Martinique où l’on ne fait pas la différence entre les voitures de la direction et celles des salariés ? Réponse : celui du port de Fort-de-France. Si cette boutade fait sourire les Martiniquais, c’est qu’elle a du vrai. Un simple coup d’œil au parking en question le confirme d’ailleurs aisément : on dirait un showroom de 4X4 rutilants !

Rien d’étonnant à cela : les 130 dockers du port de Fort-de-France sont la corporation la mieux payée de l’île. Leurs salaires, à la fois décriés et enviés, sont en effet hors normes. Ils oscillent entre 4000 et 9000 euros par mois pour 35 heures de travail par semaine. Soit nettement plus que le salaire moyen d’un docker de la métropole (3000 à 3500 euros).

L’explication est très simple : les dockers contrôlent le poumon économique de la Martinique. « En dehors de quelques produits agroalimentaires, l’essentiel de ce qui est consommé sur l’île transite par le port de Fort-de-France, le seul du département », souligne Charles Apanon, le directeur de l’IEDOM en Martinique, la « banque centrale déléguée » à l’outre-mer. Les dockers le savent et ils en usent et en abusent. Les blocages quasi quotidiens de l’année 2003 ont certes disparu. Mais le trafic n’est jamais à l’abri de mouvements intempestifs. En mars, les portiqueurs ont débrayé pendant quinze jours pour demander une augmentation de… 1 200 euros par mois ! Pourtant, leur salaire mensuel moyen avoisine déjà 5 500 euros.

La tactique est payante. La rémunération des dockers a doublé depuis la fin des années 90. « Comme la banane, le principal produit d’exportation du port, est une denrée très périssable, les dockers ont un énorme pouvoir de nuisance », insiste Jean-Charles Cren, président du syndicat des manutentionnaires du port de Fort-de-France. Il leur suffit de croiser les bras pendant quelques jours pour mettre en péril toute la filière bananière qui fait vivre près d’un salarié martiniquais sur cinq. Résultat : les revendications salariales des dockers sont sans limite et si on les refuse, c’est le blocage assuré. Dans ce cas, c’est toute l’économie de l’île qui est grippée au bout de quelques jours. Les organisations patronales sont particulièrement inquiètes. « A cause de la surrémunération des dockers, nous avons le port le plus cher du monde ! », insiste Patrick Lecurieux-Durival, président du Medef martiniquais. Or, dit-il, « on ne peut pas être en position de monopole et ne pas avoir de service minimum ».

Un discours auquel reste insensible José-Jean Baptiste, le patron des dockers, surnommé « le dictateur ». Il a d’ailleurs été publiquement dénoncé au printemps 2005 par un autre syndicaliste. Marc Pulvar, le patron de la Centrale syndicale des travailleurs martiniquais (CSTM, gauche indépendantiste) n’a pas hésité à parler de la « mafia des dockers », soulignant notamment qu’un tiers d’entre eux font partie de la même famille élargie ; ils sont en effet recrutés parmi les enfants, les frères ou les cousins.

Dès qu’un conflit se profile sur le port, les politiques restent muets. Au nom de la préservation de la paix sociale, des augmentations de salaires sont régulièrement accordées. « Mais quand on fait ça depuis 20 ans, on arrive à des coûts de manutention surréalistes », s’inquiète Jean-Charles Cren. Du coup, regrette-t-il, « 130 personnes vivent sur un petit nuage et prennent l’île en otage ».

Bel exemple de corporatisme dans nos économies malades des conflits sociaux. Rien de nouveau sous le soleil…

A l’heure où certains rayonnages commencent à se vider dans les magasins d’alimentation ce billet est un coup de gueule: j’en ai marre de ces enfants gâtés du système qui nous prennent tous en otage pour avoir les moyens de leur dernier caprice en date mettre la pression même si ces négociations sont un droit ! La méthode est à gerber tant elle tient du mépris de son prochain.

Tiens, prenons l’affirmation selon laquelle leur rémunération a doublé. Info ? Intox ? Info… L’ouvrier docker de catégorie 1 touchait 1335,81 euros en 2000 (salaire mensuel brut minimum) et 2794,16 euros en 2006 soit plus du double en fait… en 5 ans ! Mes sources ? Le rapport 2006 de l’IEDOM (Institut d’Emission des Départements d’Outre-mer). Page 57. Tout simplement. Non, ne faites pas vos bagages pour venir bosser ici, c’est une exception.

Je rappelle que le salaire net moyen annuel, toutes professions confondues, est d’à peu près 1700 euros par mois (contre à peu près 1800 euros dans l’hexagone).

Comment voulez-vous que j’adhère ? Si ce n’était que ça… qu’une histoire de fric (après tout, bien mal m’en a pris de naître femme dans un famille où personne n’est docker !) mais leur dernière grève date… d’octobre 2007 ! Une semaine de blocage pour réclamer la mensualisation de 9 de leurs collègues intérimaires.

Cette fois-ci, ils réclament quand même la démission de Jean-Charles Crenn, président des manutentionnaires, comme condition de la reprise des négociations. Rien que ça. Son crime ? L’indélicat a fait publier le salaire des grévistes dans le FRANCE ANTILLES (sur lequel il me faut mettre la main, tiens) !… Réaction outrée des concernés: Monsieur Crenn veut leur mettre l’opinion publique à dos (ce qui nous a valu une démonstration de force - de nombre devrais-je dire - et une intervention d’anthologie et assez révélatrice du climat qui doit régner sur le port d’un des grévistes devant les caméras d’ATV le 18) ! On croit rêver ! La pression n’est valable et tolérable que dans un seul camp amis camarades ? Il paraît que sur RFO un autre gréviste a produit une feuille de paye de 3000 euros pour prouver la félonie du représentant du grand capital à la botte de l’état français colonialiste qui asservit le peuple martiniquais à travers ses dockers du président des manutentionnaire… Mouais. Celle d’un ouvrier docker de première catégorie certainement…

Si ce n’était que ça… Nous savons tous qu’aucune autre grève aux Antilles ne porte de coups aussi durs à l’économie. Nous le savons tous, ces messieurs aussi ! Ca suffit enfin ! Ne peut-on pas faire preuve de responsabilité sur cette île pour changer ?? C’est trop demander ?

Réactions des politiques ? Quelques déclarations de principe… Des “il serait souhaitable”, plusieurs “il faut trouver une solution”, quelques “les deux partis doivent se remettre à la table des négociations”… Bref.

Ah. La citation du titre est de Jean Dutourd…

EDIT:
De mieux en mieux. Où l’on apprend que la nature et le contenu de l’accord signé cette nuit (peu avant minuit) entre le CMA-CGM et les dockers affiliés à la CDMT, permettant de sortir du conflit, a été, la nuit portant conseil, dénoncé ce matin par d’autres centrales syndicales. Résultat ? Le port est toujours bloqué et les acteurs économiques de l’île “ne savent plus à quel saint se vouer” selon l’expression consacrée en cette période de Carême.

Un truc qui me turlupine: l’article de l’Expansion que j’ai cherché de longues minutes avec toutes sortes de mots clés et de compositions possibles sur le site dédié a mystérieusement refait surface sur ledit site.


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