Du communautarisme ou “J’me comprends quand j’écris mais peut-être que c’est mieux quand j’explicite le fond de ma pensée…”
Ou pas…
Suite à la parution d’un dépêche de l’AFP annonçant la naissance d’un média américain “à l’attention du lectorat noir“, après avoir lu ça et là les réactions extasiés de certains (sans même être sûre qu’ils aient ne serait-ce que jeté un oeil sur le site en question) j’ai réagit, le lendemain, sur un billet en commettant un impair de taille: oublier que lorsqu’ il s’agit d’un sujet polémique ou sensible il vaut mieux bétonner son background et ses arguments sous peine de passer aisément pour un (en l’occurrence “une”) imbécile – si, si ! –. Résultat: un billet mal écrit et du coup des commentaires me le faisant savoir (à raison).
Alors voilà, comme promis, le pourquoi du comment un web média comme The Root n’apparaîtra jamais dans mes favoris.
La réflexion que je vais vous livrer (en toute modestie je vous prie de le croire) est la mienne. Il ne s’agit pas de donner des leçons ou de détenir la vérité (j’ai un égo assez conséquent OK mais quand même) juste de vous faire part d’un avis lié à un vécu et à un ressenti… Après on en discute avec les règles habituelles (courtoisie et respect) si vous voulez.
J’ai passé quelques années de ma vie aux Etats-Unis. Aux Etats-Unis. Pas à New-York ou San Franscisco ou Boston ou je ne sais quelle autre poche de “civilisation” (permettez-moi l’ironie teintée de sarcasme c’est juste ma marque de fabrique so don’t take it personal please)… Non. Aux Etats-Unis. Les “vrais”. En tant que noire, antillaise pure souche et française à part entière j’étais, à l’époque persuadée, que l’herbe était plus verte ailleurs et en l’occurrence surtout au pays de l’Oncle Sam (d’avant le 11 septembre) ! Attention, n’y voyez aucune naïveté chez moi. J’étais déjà sortie de mon île pour aller voir ailleurs si j’y étais et je connaissais assez des grandes lignes de l’histoire des Etats-Unis et de celle des afro-américains pour savoir où je mettais les pieds cependant (merci Hollywood et la propagande américaine ?) je n’étais pas préparée à un tel choc de culture. J’avais déjà été victime de racisme dans l’hexagone. Là-bas je découvert le racialisme (selon la définition de D. Blondin) forme totalement différente mais à mon sens beaucoup plus pernicieuse de racisme.
Le racialisme auquel je fais allusion ici, repose sur le consensus social qui permet “d’utiliser et de transmettre inconsciemment une vision du monde raciste dans une société officiellement antiraciste, en mettant en scène une série de contradictions systématiques qui conduisent à l’unique conclusion possible, soit celle, informulée, d’une différence de nature entre ces deux humanités et une supériorité naturelle de l’une sur l’autre“. Toujours selon Blondin, le racialisme est la composante théorique, à vocation explicative, de l’idéologie raciste.
J’adhère totalement à cette explication.
J’ai donc redécouvert ma couleur de peau à travers une société racialisée envers et contre tout (beaucoup plus qu’en France par exemple) parce que tout ceux qui la compose jouent, inconsciemment ou pas, le jeu en vivant en communautés sommes toutes cloisonnées. Je n’étais plus un individu, j’étais une couleur. Plus que dans l’hexagone… Plus que dans l’hexagone peut-être parce que je suis antillaise. Je m’explique: élevé à l’école de la République (qui est ce qu’elle est avec ses défauts et ses qualités), je n’ai jamais au grand jamais pensé que ma couleur de peau pouvait constituer un obstacle pour une carrière professionnelle telle qu’elle soit. Jamais. Attention, je ne dis pas que ce n’est pas le cas, je parle de mon vécu. Tout ça en étant quand même issue d’une société post-coloniale avec ses stigmates réels et/ou fantasmés… J’ai découvert, dans un pays que je pensais plus avancé dans ce domaine avec une communauté afro-américaine érigée en modèle à suivre (surtout dans tout ce qui est lutte identitaire), une réalité toute autre.
Cette réalité, je l’attribue (à tort ou à raison et en comparant avec le modèle français qui n’est pas parfait loin de là) notamment aux effets pernicieux du communautarisme et de la discrimination positive. L’idée c’était : “vous partez avec un handicap certain (dû principalement à des facteurs historiques) on va vous aider”. Mais malheureusement, il semble que l’idée du handicap se soit insidieusement ancrée dans la communauté. L’idée très noble du départ se traduit maintenant, à mon sens, dans les faits, par: “vous êtes handicapé on vous aide”. Mais ce n’est plus l’histoire qui fait le handicap… elle le justifie. Ce qui valide de fait un handicap de départ lié… à la race. Et on persiste et on signe à revenir aux origines et à expliquer le handicap et pourquoi l’aide est nécessaire; cette idéologie desservant désormais toutes les parties concernées.
Attention, encore une fois il ne s’agit pas de nier la souffrance, l’injustice, les horreurs qui ont pu être commises et les spécificités de la société américaine mais expliquez moi comment bouter le racisme hors d’une société ou la loi permet l’utilisation de la race comme critère de choix (entrée à l’université par exemple) valable alors que le concept même de race est inexact et inégalitaire par essence ?… L’argument développé aux Etats-Unis dans les faits n’est pas “il n’y a pas de race” mais bien “toutes les races méritent le respect”. De ce fait il y a adhésion pleine et totale au concept de race (inégalitaire à l’origine je le rappelle) et au lieu de cultiver ce qui rapproche les individus, il s’agit dès lors d’exalter ce qui les rend différents et… meilleurs que l’Autre si possible ?
Cet état de fait, les journaux communautaires ont contribué et contribuent encore à y faire qu’on le veuille ou non. Encore une fois si l’argument de départ – années 70 – (parfaitement valable) était de faire découvrir une culture certes dénigrée une dérive fréquente consiste en une exaltation de l’identité défendue où l’auto-critique est trop souvent absente et avec un bouc émissaire tout trouvé (à tort où à raison) aux problèmes soulevés. Les rapports sociétaux étant racialisés, pour le coup, les problèmes le sont aussi. Et c’est bien là que le bât blesse me concernant pour les raison évoquées plus haut.
Alors l’argument de la démarche vers l’Autre est maintenant de plus en plus avancé sauf qu’il faudrait que l’Autre ne soit pas également centré et intéressé par sa propre communauté ! Faire entendre son point de vue… je veux bien mais nous savons tous que le cœur de cible reste communautaire. Donc il s’agit avant tout de faire entendre son point de vue à la communauté avec peut-être en arrière plan la volonté sinon de contrôler mais d’orienter les opinions et les comportements de ceux qui appartiennent à la dite communauté (d’où le phénomène de vote communautaire).
Quand je parle d’auto-critique absente je voudrais revenir sur un cas précis quitte peut-être à être taxée d’amalgamitude. La cas tribu KA. A l’époque des premiers dérapages médiatiques de Kemi Seba (2006), à ma connaissance, aucun média web francophone ou autre consacré aux populations noires (dans leur diversité) n’a dénoncé le discours et les actes. Aucun. A ma connaissance. Quand on s’attache un tant soit peu au “contenu” de l’idéologie développée (raciste et antisémite dois-je le rappeler) il y a de quoi être un peu étonnée, sinon dégoutée de ce silence qui pour moi ne peut être que complice.
Bref. Pour en revenir à mon vécu, ce système je l’ai refusé chaque fois qu’il m’a été possible de le faire. J’ai refusé d’être une couleur là ou je pouvais intervenir, interférer, avoir mon mot à dire. Je n’ai pas refusé d’être noire. Non. Je le suis. C’est un fait. Point. Basta. J’ai refusé le système qui veut qu’être noir veut dire… ça, ça, ça et ça… et pas autre chose parce que sinon tu te rapproches plus de l’Autre donc tu trahit la race (probablement parce que tu n’es pas fière et très certainement acculturée) puisque la race c’est… ça, ça, ça et ça et pas autre chose ! Je l’ai refusé et en même temps j’ai développé une aversion (épidermique presque) pour tout ce qui touche de près ou de loin au communautarisme dans toutes ses formes (référence ici à ma sexualité); le pseudo remède étant d’après moi pire que le mal… Je suis hermétique à toute idée de solidarité avec quelqu’un seulement parce qu’il a la même couleur de peau que la mienne quitte à chercher à trouver des prétextes pour excuser ou défendre l’inexcusable ou l’indéfendable (O.J. Simpson, Michael Jackson, Louis Sydney).
Alors maintenant quand je vois que nos sociétés antillaises promptes à rejeter ce qu’elles ont (i pa bon !) pour adopter ce que les autres font, à mon sens en n’ayant pas bien pris le temps d’y réfléchir et de peser le pour et le contre, ne jurent plus que par la communauté… un frisson d’effroi me parcoure l’échine en imaginant ce que pourront être certains lendemains si on ne prends pas garde.
Mais ça j’y reviendrai dans un autre billet.
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- Publié:
- 15.2.08 / 5:47
- Catégorie:
- Point de vue

well merci pour cette analyse profonde

C’était une pique l’histoire du transit…







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