Au secours, La Meynard n’est pas un hôpital sûr !!!

Le palmarès 2007 des hôpitaux publié par le Point l’an dernier avait déjà fait parler de lui aux Antilles (aucun hôpital ne figurant dans le top 50 des meilleurs hôpitaux français) mais le classement de nos structures hospitalières, publiques surtout, au palmarès 2008 des hôpitaux les plus sûrs fait l’effet du bombe. C’est vrai qu’il paraît de prime abord inquiétant. C’est le terme. Inquiétant. En Martinique, le CHU de Fort-de-France (plus grosse structure de l’île et la structure de référence dans la Caraïbe) - La Meynard pour les intimes du fait de son adresse postale - est avant dernier de sa catégorie, le CHU du Lamentin dans le ventre mou de la sienne, les Trois-Ilets bon dernier des CH de moins de 300 lits, Saint Joseph n’a même pas daigné communiquer ses chiffres (ils sont seulement 5 sur 1216 dans ce cas là sur le plan national). Bref. Seule la clinique Saint-Paul (comme d’habitude) échappe à l’hécatombe en obtenant une très belle 28ème place sur les 321 cliniques privées de plus de 100 lits françaises.
Pire, aucun des DOM ne semble tirer son épingle du jeu. Les données datent de 2006 certes (elles ont été collectées et analysées par le ministère en 2007 et rendues publiques le 30 janvier 2008)… mais quand même…

Inquiétant “de prime abord” donc. Je m’explique ?

Le classement de l’Express a été établi à partir de l’addition de 4 indicateurs:
L’indicateur Icalin (40 % du score général)
Destiné à mesurer l’activité de lutte contre les infections nosocomiales, il est composé de 31 critères, répartis en trois fonctions: moyens, activité et organisation.
La consommation de solutés hydro-alcooliques (30 %)
La consommation de solutés hydro-alcooliques (SHA) par le personnel constitue le deuxième indicateur : ces SHA, sorte de “savons médicaux”, représentent en effet le meilleur moyen de s’assurer une bonne hygiène des mains.
La consommation d’antibiotiques (20 %)
Parce qu’on n’a pas toujours besoin d’antibiotiques, le ministère a instauré un nouvel indicateur composite de bon usage des antibiotiques (ICATB), qui mesure leur consommation.
La surveillance des infections du site opératoire (10 %)
Les établissements chirurgicaux sont fortement incités à suivre les patients opérés pour s’assurer qu’ils n’ont pas contracté d’infection. L’indicateur Surviso mesure l’ampleur de ce suivi
.”

Je rappelle qu’une infection est dite nosocomiale si elle est absente à l’admission à l’hôpital. On en parle de plus en plus de cette plaie (sans vouloir faire de jeu de mots) pour les hôpitaux – qui a d’ailleurs coûté une jambe à Guillaume Depardieu tient (fin de la parenthèse pipole) – devenue un véritable problème de santé publique et, à raison, une préoccupation majeure du ministère en charge.

Pour en revenir à notre classement, les établissements de même type (CHU, Centre Hospitalier, clinique privée etc.) sont donc classés en 5 catégories (A, B, C, D ou E) en fonction de leur score agrégé sur 100.

Un cas concret ? Prenons le CHU de Fort-de-France par exemple. Il est donc avant dernier de palmarès des CHU et CHR nationaux et classé C avec un score général de 62,64/100. Toutefois, je rappelle qu’il s’agit d’un score agrégé et qu’à chacun des 4 indicateur indiqué plus haut correspond un score chiffré associé à une performance sous forme de classe. C’est donc bien la classe qui prime ici. Ainsi, en s’y intéressant de plus près on apprend que les établissements classés B, C ou D (en score agrégé) sont dans une situation intermédiaire autrement dit, ni très en avance (classe A) mais pas en retard non plus par contre (classe E) dans les différents domaines explorés au travers des quatre indicateurs de la prévention des infections nosocomiales. En gros avant dernier certes mais avant dernier avec une classe E aurait été beaucoup… beaucoup plus problématique… Classé C soit dans le peloton (74% des établissements sont classés C ou D) des établissement hospitaliers français autrement dit la grande majorité !

Dans le détail au CHU de Fort-de-France:
- l’indice ICALIN est à 94,50 (classe B)
- l’indice ICSHA est à 32,80% des objectifs réalisés (classe C)
- l’indice ICATB est de 11/20 (classe D)
- le SURVISO est en place (les patients opérés sont suivis pour savoir s’ils n’ont pas contractés de maladie nosocomiale).

Qu’est-ce que ça veut dire concrètement ? Deux choses: qu’il reste à améliorer tout ce qui est en rapport avec l’hygiène des mains (ICSHA) et avec le bon usage des antibiotiques (ICATB).

Je vous vois venir… L’hygiène des mains ? Non, les soignants antillais ne sont pas plus “malpropres” que les autres ! Malheureusement, 75% des établissements sont classés C ou D pour l’ICSHA et seulement 12 % en A et B à savoir que ceux qui veulent partir “en France” se faire soigner parce que l’hygiène est défectueuse au CHU de Fort-de-France feraient mieux de se renseigner parce que le problème est bien national d’où la création de la journée “Hygiène des mains” d’ailleurs ! Je n’ai pu m’empêcher de noter pour finir qu’un meilleur l’indice ICATB aurait peut-être fait la différence au niveau du classement donc de l’image.
De plus, sur les indices considérés croyez-le ou non, le CHU est en progression.

Le CHU de Fort-de-France n’est ni meilleur, ni pire; juste dans la moyenne nationale (qui est ce qu’elle est) et c’est ça qu’il faudrait peut-être préciser même si les chiffres se doivent d’être meilleur vu la place et le rôle de la structure.

Juste un billet pour dire: arrêtons de tirer sur nos ambulances (oui je sais…) et essayons de comprendre avant de titrer n’importe quoi (je me permets de m’adresser à nos “journalistes” notamment) ou au moins faisons preuve de mesure.

Pour finir, sur les 18 structures que compte la Martinique (tous types confondus):
- 3 sont classées B (Saint-Paul, Trinité et HAD Martinique Les 3 S),
- 11 sont classées C,
- 2 sont classées D (ATIR Rivière-Salée, STEER de Fort-de-France),
- 1 est classée E (Hôpital des Trois Ilets) - oups, Houston we’ve got a problem -,
- 1 est classée F (Saint-Joseph qui n’a pas communiqué ses résultats).

(source principale: Les infections nosocomiales: nouvelles mesures et classement des établissement de santé, dossier de presse)


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