Un mot qui gâche tout ?
L’Homme Paille est un artiste de reggae-dancehall martiniquais. Que dis-je THE artiste reggae-dancehall du moment. Protégé de Don Miguel. Tout pour plaire en ce moment à savoir une musique aux accents traditionnels. Rajoutez à cela le chapeau de paille… L’ensemble a plût. Le public est au rendez-vous et les ventes d’album s’envolent.
Après un premier morceau, “Week end la rivé“, qui a cartonné il y a quelques mois l’artiste promotionne son deuxième (troisième ?) single intitulé “Pleurer” qui passe en boucle sur les ondes et qui lui vaut les louanges de tous et l’étiquette d’artiste engagée. Et pour cause, le sieur y dénonce la violence conjugale en relatant le calvaire et les états d’âme d’une femme battue. Dans une île ou, comme dans l’hexagone, les chiffres sont hallucinants, et les faits divers tragiques trop fréquents pour ne pas penser que les chiffres en question ne sont que la partie émergée de l’iceberg, le texte de L’Homme Paille fait mouche. Ce n’est, pour autant, pas un cas isolé dans notre paysage musical local; la chanson sur le même thème ayant marqué l’imaginaire antillais restant certainement celle de Daddy Yod “Faut pas taper la Doudou“. Daddy Yod dont la rumeur veut que dans ce cas particulier il ait été plutôt adepte du “faites ce que je dis, pas ce que je fais”.
Seul bémol me concernant au sujet du morceau de l’Homme Paille: le “makoumè” (pédé) dans le texte.
“Ti makoumè-a pa ka lass’ bat’ fanm’-li” (Ce pédé n’arrête pas de battre sa femme).
A quoi bon dénoncer quelque chose pour tomber dans un autre travers ? Je vous le demande.
Je vous vois venir: vous ne voyez pas où est le mal ? Je vous signale juste qu’il s’agit, encore une fois, de stigmatisation et de stigmatisation négative de surcroît. On va faire plus simple (et là je m’adresse à mon public antillais): remplacer “makoumè” par “nègre” ou “négro” dans un tel contexte (négatif je le rappelle) et on en reparle. Pas convaincu ? Souvenez-vous de la polémique qu’avait provoqué (à raison me concernant) le morceau de Paulo Albin “Mové nèg” qui en voulant fustiger l’attitude de certains à son égard (il a été injustement accusé de pédophilie) a signé un texte stigmatisant les supposés défauts du nègre (méchanceté, jalousie, égoïsme etc.) en en faisant des traits de caractère innés. Attention, il ne s’agit pas de considérer qu’ils en soient exempts (de défauts) mais bien de comprendre qu’ils ne sont en rien spécifiques à l’ethnie en question que diable ! Or proclamer:
“An vérité, dépi fon la guinée (En vérité depuis les entrailles de la Guinée)
Nèg mové dan tèt li, i mové dan tchè’y (Le nègre est mauvais dans sa tête et dans son coeur)
… c’est bien la preuve d’une intériorisation de quelques siècles de théories racistes et rien d’autre.
Mais bon, revenons à l’Homme Paille…
En plus je suis intimement convaincue que le jeune homme s’offusquera si on le traite d’homophobe arguant probablement de sa liberté d’expression, de sa religion ou se retranchant derrière l’excuse selon laquelle il n’incite nullement à la violence contre les homosexuels. Non, il traite juste celui qui bât sa femme de “pédé” ce qui dans ce cas présent équivaut à le traiter de lâche mais il n’y a certainement pas de quoi s’offusquer de l’amalgame, n’est ce pas ? Pourquoi ne pas utiliser le mot “lâche” alors ? Pour la rime ? Laquelle ?
Qu’on se le dise: traiter quelqu’un de pédé est une insulte homophobe.
Si c’est la seule qui vient pour qualifier un homme qui maltraite sa femme c’est bien la preuve d’une homophobie intériorisé qu’il faut dénoncer et combattre (en expliquant notamment) ! Surtout que le mot revient sur l’album… Il est où le problème de l’Homme Paille avec les pédés ? C’est une question. Il y a autre chose qui me chiffonne: cet artiste est produit par Don Miguel. Le Don qui a également un artiste comme Admiral T dans son écurie et qui sait maintenant que ce genre de connerie peut vous pourrir une communication même si l’artiste a entre-temps évolué entre l’époque des faits/textes et la découverte par le grand public des mêmes faits/textes.
Les artistes Jamaïcains ont compris dès qu’on les a attaqué au niveau du porte-monnaie. Je rêve d’un dancehall nettoyé de ce genre d’imbécillités… Je rêve je sais…
Dernière chose: j’ai toujours trouvé bizarre d’utiliser “pédé” comme synonyme de lâcheté et/ou de faiblesse. Depuis quand s’assumer ou vouloir vivre sa sexualité envers et contre tout (en général, sauf rare exception, dans un environnement a priori hostile) est une preuve de lâcheté et de faiblesse ?? Faut qu’on m’explique là encore…
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- Publié:
- 28.1.08 / 18:04
- Catégorie:
- Point de vue

(je sors)





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