J’ai lu les tomes 1 à 6 de la série BD “Djinn”
“Dans la religion musulmane, un Djinn désigne un esprit. Il peut-être aussi bienfaisant que malfaisant.
Se frotter à un Djinn ne laisse jamais insensible, surtout quand l’esprit se cache sous le corps désirable d’une femme splendide…”
Voilà pour l’explication du titre de la série mais ne vous fiez y pas; il ne s’agit pas que de cela… Plus d’un an que je tournais autour des tomes de cette série, la faute à des couvertures magnifiques mettant en scène la même femme (toujours seule) dans des attitudes plus sensuelles les unes que les autres. Et quelle femme - “splendide” lui rendant à peine hommage si vous voulez mon avis -. Va savoir pourquoi je me contentais juste de me délecter de la couverture sans jamais l’ouvrir, ni chercher à en savoir plus à l’aide d’un synopsis par exemple; attendant le bon moment. J’ai appris à patienter dans ces cas là (ça m’arrive de plus en plus pour des livres mais c’était la première fois pour une BD). Histoire de faire durer le plaisir ? Kind of… La rencontre n’est que plus belle par la suite.
En septembre dernier: déclic. J’achète les deux premiers tomes (l’avantage de prendre une série en cours) et tombe littéralement sous le charme de Jade grâce notamment au coup de crayon de Miralles mais ça je m’y attendais peu. C’est cependant le scénario de Dufaux qui insuffle à l’oeuvre son pouvoir évocateur et sa magie.
L’histoire ? Kim Nelson, une jeune anglaise se lance, à Istanbul, sur les traces de ses racines turques à travers sa grand-mère Jade qu’elle n’a pas connu. Cette dernière était la favorite du sultan Murati; une femme magnifique et un Djinn puissant soit une arme redoutable et précieuse en des temps troublés où les puissances occidentales se disputent les faveurs de ce dernier. Le sultan Noir ne se privera pas d’ailleurs d’user et d’abuser des charmes de Jade; bouleversant à jamais de nombreux destins dont celui de Lord Nelson, un diplomate anglais, à travers son talon d’achille: sa femme.
Très vite, la quête identitaire de Kim Nelson va se transformer en chasse au trésor semée d’embûches et de surprises diverses… bonnes ou mauvaises.
C’est Dufaux qui signe les préfaces de chaque tome. Voilà celle du tout premier qui plante le décor:
“Tout part d’un corps, tout ramène au corps. Corps exposés dans les harems, corps déchirés sur les champs de bataille. Corps convoités, corps abandonnés.
En 1912, la Turquie choisit le mauvais camp. Elle se place aux côtés de l’Allemagne dans la grande guerre qui se prépare. L’ancien Empire ottoman partait en ruine, l’économie turque passant officiellement sous tutelle étrangère. Vers 1895, l’affaiblissement des derniers sultans permit l’émergence des Jeunes-Turcs, un mouvement nationaliste dont la figure prédominante, Ever Pacha, devient ministre de la guerre en 1914.
Le sultan réclame “la guerre sainte” aux alliés, l’engrenage fatal se met en place. Quand la Turquie se retire de la guerre (armistice de Moudros, en 1918), les Jeunes-Turcs ne devront leur salut qu’en s’enfuyant vers l’Allemagne. Des années de marasme suivront. Il faudra attendre 1923 pour qu’un ancien inspecteur militaire en Anatolie orientale, Mustafa Kémal, redonne à son pays sa dignité perdue.
Voilà pour quelques points d’histoire qui sous-tendent notre récit. Nous parlerons donc de la fin d’une ère, d’un esprit, celui des derniers sultans. Et d’une mythologie attachée à leurs noms, celle des harems. Lieu de séduction, lieu raffiné, cruel où le pouvoir glisse sur les peaux à défaut de s’accrocher à une volonté.
Les clichés qui viennent à l’esprit lorsque l’on évoque les harems sont nombreux. Ce serait une erreur de vouloir les éviter tous. C’est justement dans ces clichés que se glissent notre bonne et notre mauvaise conscience. Le corps d’une femme restera toujours le pouvoir suprême devant lequel plient les hommes. L’histoire l’a assez prouvé. Le cliché tient la route. Cependant, le jeu reste subtil. Car qui, du maître et de l’esclave, détient le pouvoir ? Les Djinns nous répondront que se sont eux car ils ne sont que pur esprit. Même si cet esprit se cache sous un corps désirable… et désiré. Dans notre histoire, un couple s’aventure sur ce corps, cet esprit. Cet amour triangulaire se fonde sur un cas réel qui fut traité en son temps par Tanizaki en littérature et par Liliana Cavani au cinéma…
Et maintenant, rêvons.
Des portes de bronze s’ouvrent, un chant de femme vous appelle…
Tout n’est que mirage.”
6 tomes lu donc, répartis en 2 cycles (avec un troisième de prévu):
Cycle 1: Turquie
1. La favorite
2. Les 30 clochettes
3. Le tatouage
4. Le trésor
Cycle 2: Afrique
5. Africa
6. La perle noire
Amour, pouvoir, convoitise, trahison, chasse au trésor… tout y est dans ces histoires qui se croisent et s’entrecroisent par flashs back nous permettant de suivre deux destins de femmes sur deux continents: celui de Kim et celui de Jade. Deux Djinns. L’ensemble est envoûtant et de toute beauté (merci Miralles). De toute beauté ! En plus d’être d’une sensualité et d’un érotisme certain.
Ah. Je signale que Jade séduit tout ce qu’il y a à séduire… homme… ou femme. Et de quelle manière ! Pour tout vous dire, mon billet reste encore accessible au moins de 18 ans à cause d’un grain d’un sable… un scanner qui a décidé de ne plus être Apple compatible (à mon grand désarroi) ! Vous ratez quelque chose !
Je les ai lu par deux. Il m’en reste un septième, déjà en librairie, à lire. Un billet à son sujet devrait suivre très rapidement.
Ah. Quand même, je ne peux pas vous laisser sans mettre une image digne de ce nom de Jade…
Si vous avez l’occasion d’avoir le tome 3 en main, le dessin de couverture est un must see. Magnifique.
A propos de cet article
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- Publié:
- 12.1.08 / 13:37
- Catégorie:
- Vu, lu, entendu












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