Du principe de précaution
Depuis la lecture de l’article de Libération hier matin sur la pollution du Rhône par les PCB, un passage de “Une vérité qui dérange” ne cesse de me revenir en mémoire. Non, en fait il n’arrête pas de me revenir en mémoire au gré des divers scandales liés à l’environnement qui font surface ça et là ces temps-ci à coups de superlatifs (c’est vrai qu’à choisir entre “une affaire pire que celle du sang contaminé” et “un Tchernobyl à la française” mon cœur balance). A un moment de son discours, donc, Al Gore prend le public à témoin devant une image représentant un homme en blouse blanche (un scientifique ?) face à une balance ayant d’un côté la Terre et de l’autre des lingots d’or et dit ceci:
“We have here a scales that balances two different things. On one side, we have *gold* bars ! Mmmmmm, don’t they look good ? I’d just like to have some of those gold bars. Mmmmm. On the other side of the scales… um… THE ENTIRE PLANET ! Hmmmm…”
Bien sûr, comme son audience, tout le monde avait rigolé dans la salle devant l’absurdité de la situation et de l’alternative: comment imaginer profiter de tout cet or avec une planète sans planète ? Ridicule. Guess what ? Il semblerait qu’un peu plus souvent que nous, commun des mortels ayant un brin d’intelligence et certainement pas autant d’intérêts en jeu, semblons le penser certains choisissent l’or. Tout simplement. Agriculteurs, industriels… même combat. Oh pas tous ; ils ne sont pas tous à mettre dans le même sac et à balancer dans le Rhône mais ceux qui polluent le font à une telle échelle que les quelques efforts des autres ressemblent à une goutte d’eau dans un océan.
Vous remarquerez que dans les deux cas chlordécone aux Antilles et PCB dans le Rhône bizarrement on retrouve de nombreux points communs. Ainsi, les principaux pollueurs, les produits incriminés ainsi que leur toxicité étaient connus des pouvoirs publics mais rien n’a été fait pour arrêter la pollution à la source et les pollueurs ont continué quelques dizaines d’années encore après les premiers signaux et rapports d’alerte. Prétexte ? C’est bien connu : dans le doute… on continue ! Il faut l’intervention et la pugnacité d’associations écologistes pour que l’opinion publique soit alerté localement dans un premier temps avant que le scandale n’éclate enfin au grand jour (comprendre “à la une des quotidiens nationaux”). Pointés du doigt très rapidement, les pouvoirs publiques tempèrent l’émoi et l’indignation populaire en assurant avoir pris la mesure du problème comme le prouve telle ou telle étude complémentaire (précision d’importance) dont les résultats… sont à venir, of course. Faut-il y voir une coïncidence (les mauvais esprits seraient tentés de le faire), l’argument-solution imparable qui sert à calmer les esprits est le même simplement adapté à la situation et à l’objet de la contamination. Ainsi Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, recommande à la population antillaise “de ne pas les consommer [les produits ne provenant pas des circuits commerciaux] plus de deux fois par semaine” alors que Nathalie Koscius, secrétaire d’Etat à l’Ecologie, réduit le public risque à “ceux qui consommeraient beaucoup de poissons”. Rajoutant “Quelqu’un qui mangerait un poisson du Rhône ne courrait aucun danger.”
Je décode ? Il faut varier votre alimentation messieurs, dames… Quelle idée de vouloir manger des choux de chine ou du poisson tous les jours que Dieu fait ! Il va vraiment falloir penser à y mettre du vôtre. Ce n’est plus possible, voyons !
Cette phase où les pouvoirs publics rassure peut être accompagnée d’un dézinguage en règle de l’homme et/ou de l’association par qui le scandale arrive. Ainsi, pour le scandale des pesticides aux Antilles ; le Pr Belpomme (dont le nom apparaît dans les deux dossiers tiens) est passé du statut de scientifique renommé à celui de charlatan qui se f*** de la poire des antillais en moins de temps qu’il n’en faut pour lire ma phrase.
Moi, quand je lis dans le cas de la pollution du Rhône :
“Spécialisée dans le traitement de déchets sensibles, elle a éliminé à partir de 1985 des milliers de transformateurs et condensateurs construits avec du pyralène. Jusqu’en 1992, elle avait le droit de rejeter dans le Rhône 1,5 kg de PCB par jour. Puis 500 grammes jusqu’en 1995, 200 grammes ensuite, jusqu’au printemps dernier. L’usine, qui appartenait à l’Etat jusqu’en 2002, n’a par ailleurs longtemps respecté aucune norme imposée.”
Ou quand je repense au fait qu’un produit comme le chlordécone a été interdit aux Etats-Unis, puis en France et qu’il y a eu dérogation pour son utilisation aux Antilles… Dérogation !
Au nom de quoi peut-on considérer qu’on peut jouer avec la santé, la vie des gens encore un peu… jusqu’à ce qu’on soit vraiment, vraiment… vraiment, vraiment (mais vraiment) sûr que le produit incriminé soit toxique ? Ca me dépasse. Vraiment. Si au moins j’étais sûre qu’il fallait mettre ça sur le compte du cynisme pur. Si au moins certains de ceux qui ont cautionné tout ça d’une manière ou d’une autre ne se nourrissent pas des aliments déconseillés ou ne vivent pas sur la terre qu’ils ont contribué à contaminer. Non. Mais non… On en est là à cause de le bêtise humaine. Même pas besoin d’aller chercher une thèse plus élaboré que ça. Pathétique.
Le principe de précaution ? Qu’est-ce -qu’on s’en f*** !
J’ai vu “Soleil Vert” très jeune (et plusieurs fois) et le moins que l’on puisse dire c’est que c’est un film qui m’a marqué. Sans vouloir verser dans ma nature profonde somme toute défaitiste, je dois dire que plus je regarde l’évolution de nos sociétés de consommation moins j’ai envie de me projeter dans l’avenir.
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- Publié:
- 11.10.07 / 6:21
- Catégorie:
- Point de vue






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