J’ai lu “Affinity”

Affinity - Sarah WatersJ’adore Sarah Waters. Non vraiment, pardonnez-moi le blasphème mais j’adore sa façon si particulière de raconter ses personnages. De narrer les événements. De décrire les lieux et les ambiances de l’Angleterre victorienne. Elle pourrait commencer chacun de ses romans par “Il était une fois…” que ce n’en serait pas choquant pour autant. C’est bête mais c’est tout ce qui me vient pour expliquer la magie qui se dégage de ses écrits. Si “Tipping the velvet” m’a transporté (et pas seulement à cause des ses héroïnes même si ça a joué bien sûr), “Fingersmith” (son troisième opus en fait) m’avait permis de confirmer tout le bien que je pensais de son écriture: il y a bien un style Sarah Waters. Une patte. Je n’étais pas en présence de l’auteur d’un livre, un seul.

Ah. Pour avoir lu le premier chapitre de “Tipping the velvet” en français (”Caresser le velours“) chez quelqu’un d’autre et terminé le livre chez moi (après une commande expresse) en anglais je ne saurais que trop conseiller la version originale. Je n’irais pas jusqu’à dire que la traduction est mauvaise mal faites mais il est clair que le livre y perd en “substance” (et encore une fois c’est plus le mot “magie” qui me vient).

C’est donc la bave aux lèvres avec confiance et une certaine délectation que je me suis plongée dans “Affinity“.

Pour tromper son ennui, une demoiselle de la bonne société anglaise, Margaret Prior, visite régulièrement les détenues de la prison de Millbank. Dans cette bâtisse sinistre croupissent les parias de l’ère victorienne, avorteuses, voleuses et autres criminelles, à qui elle veut apporter un peu de réconfort. Parmi elles, Selina Dawes, spirite à l’aura très particulière… En gagnant sa confiance, Margaret finit par découvrir l’étendue des pouvoirs de la jeune médium, ainsi que son incroyable histoire. Suspense, atmosphères étouffées, passions défendues et trahison, aucun des ingrédients qui font l’univers de Sarah Waters ne manque dans ce troisième roman magistralement orchestré.”

[Soupir] Je hais Sarah Waters.

Non sérieusement.

Je crois que je serais capable de l’étrangler si je l’avais sous la main à cet instant précis. Quelle idée… Mais quelle idée ! Je viens de terminer ce… cet… Bref. J’ai des cernes jusqu’aux genoux… pour… pour… Bref.

J’adore Sarah Waters.

Comme d’habitude on retrouve dans “Affinity” ce don pour le twist final qui vous laisse pantois ; mettant à mal, par la même occasion, votre égo de lecteur qui a tout lu ou presque en tout cas assez pour ne pas se laisser prendre… d’après lui. Fascinant cet façon de faire dans le convenu tout en étant assez bordeline. Je sais, je ne suis pas sûre d’avoir compris ce que je viens d’écrire (quoique si vous relisez encore une fois…) mais c’est comme ça que je le ressens !

Le côté convenu réside autant dans sa façon de mener son intrigue (très bien ficelée en général) que dans son duo d’héroïnes. Au départ deux femmes que tout oppose. Une situation compliquée. Un amour qui naît et grandit malgré elles ; à leur insu presque. Un amour impossible à vivre dans cette Angleterre de la fin du 19ème siècle aux mœurs convenues en plus d’être rendu compliqué par les événements propres à l’intrigue. L’inévitable scène de l’aveu et/ou de la prise de conscience de la part de l’une ou de l’autre ou des deux. Le bref moment de bonheur après l’”abandon” (chacune se rend à l’évidence et abdique enfin… - “après les mains la peau de tout le reste” comme dirait Mécano). Le twist. L’épilogue.

Ca donne ça (charge à vous de retrouver de quel moment de l’intrigue il s’agit):

I looked only at her, heard her voice only; and when I spoke at last, it was to ask her this: “How will a person know, Selina, when the soul that has the affinity with hers is near it ?”
She answered, “She will know. Does she look for air, before she breathes it ? This love will be guided to her; and when it comes, she will know. And she will do anything to keep that love about her, then. Because to lose it will be like a death to her.”
She still kept her eyes upon me - now, however, I saw her gaze grow strange. she looked at me, as if she did not know me. Then she turned from me, as if she had shown me too much of herself, and was ashamed.

Harlequin avait la même recette pour hétéro. Je le jure ! Mais la comparaison s’arrêtera là parce qu’entre temps vous en avez dévoré chaque page, failli vous arracher les cheveux un nombre incalculable de fois et, à un moment ou un autre, fait sursauter votre compagne en laissant échapper malgré vous un “mais embrasse-la bord** bon sang !!!” tonitruant tout en admirant sa façon de vous surprendre au moment de son épilogue…

“Et le côté bordeline ?” me direz-vous. En fait il se retrouve en général chez ses héroïnes. Elles sont systématiquement sur la brêche. En rebellion. Autant contre la société dans laquelle elles évoluent que par rapport à leurs sentiments et à leurs désirs qu’elles veulent et finissent par affirmer d’une manière ou d’une autre. Elles vivent leur propre mai 68 ! Ce qui leur donne un côté très actuel je crois.

Anyway, je hais Sarah Waters.

Elle nous mène par le bout du nez en fait. Nous surtout. Son public cible. Lesbiennes d’après “When night is falling“; lesbiennes qui savent que contrairement à ce que peut affirmer Catherine Ringer les histoires d’amour ne finissent pas toujours mal. Surtout celles comme les nôtres. Surtout Même à des époques improbables !

Que voulez-vous, ses livres caressent ma fibre follement romantique dans le sens du poil altérant mon jugement et certainement une partie de mon sens critique.

Bref. [Soupir]

En conclusion ? Parce que je suis en état de conclure d’après vous ???!! Ce billet n’est pas assez décousu à votre goût pour le rallonger encore ne serait-ce que de quelques mots ??! Vous alors…

[Re-soupir]

Ceci dit faut que j’y retourne… “The Night Watch” me tend les bras. Euh oui… c’est bien le dernier Waters en date pourquoi ?

Au fait, vous ai-je dit que j’adorais Sarah Waters ?

Titre: Affinity (Affinités)
Auteur: Sarah Waters
Editeur: Riverhead Books
Année: 2000


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