“Réveil sous fond d’empoisonnement”

Avec des guillemets, le titre parce que repris à l’article de DOMactu du jour sur le sujet… du jour.

La martinique se réveille avec cette information qui n’est pas nouvelle, mais qui continue à suciter beaucoup d’interrogations. Le chlordécone est au centre d’un article dans la presse nationale.”

Un truc de fou. Toute la presse en parle ! Google recense 111 articles sur le sujet à l’heure où j’écris. Plus d’une centaine d’articles donc où l’on “apprend” qu’un pesticide interdit aux Etats-Unis depuis 1976 et dans l’hexagone en 1991 l’a été aux Antilles, dans les bananeraies notamment, en 1993 et est même soupçonné d’avoir été utilisé jusqu’en 2002 ! Et quel produit !

Je cite:
Le chlordecone est un polluant organique persistant, extrêmement rémanent dans l’environnement qui peut s’avérer très toxique.

Traduction ? Une vrai cochonnerie infection qui contamine les sols pour plus longtemps que ne vit une Homme. Tout simplement.

Pourtant depuis 2002 cette affaire ne cesse d’être minimisée. J’en veux pour preuve cette notice datent de 2005 de la très sérieuse Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments (AFSSA). Je résume ? “C’est grave mais c’est pas grave; enfin on ne sait pas trop à quel point ça peut être grave…”.

Toute la presse en parle d’un coup alors que le scandale a éclaté il y a quand même cinq ans ! Cinq ans j’ai dit… pas cinq jours ! J’avais d’ailleurs déjà fait un billet sur le sujet qui a fait les frais de la première parte de la bdd quelque temps après l’ouverture de ce blog.

En octobre 2002, le scandale du chlordécone éclatait aux Antilles après la saisie à Dunkerque d’une tonne et demie de patates douces contaminées en provenance de la Martinique. Depuis certains (de l’ancien député du centre Philippe Edmond-Mariette à Raphaël Confiant pour la Martinique même si la thèse de ce dernier de “génocide par empoisonnement” est plutôt conne farfelue vue que la banane antillaise notamment est principalement destinée à l’exportation) n’ont eu de cesse d’alerter les pouvoirs publics et l’opinion en pointant du doigt le côté alarmant du dossier resté relativement confidentiel pour x et y raisons d’ordre économiques avant tout (que personne ne vienne me faire croire le contraire !). J’en veux pour preuve cette interview de Eric de Lucy président de l’Union des producteurs de bananes de Martinique et de Guadeloupe au JDD. Si je n’étais pas directement concernée, en tant que consommatrice de fruits et légumes de mon île parce que c’est quand même mieux de consommer local et de donner une coup de main à nos maraîchers, j’en rirais presque ! Là je vous avoue que j’ai plutôt envie de pleurer. Ces gens ont fait passer leur porte-monnaie avant nos vies. Quoiqu’ils en disent… Alors je veux bien que “c’est un problème, pas un drame” mais personne ne me fera le minimiser - le problème - de la sorte et croire “qu’il s’agit d’une immense exagération“. Faut arrêter.

Mettons nous à la place de de Lucy et imaginons un demi seconde que le monde entier découvre que la banane “des droits de l’homme” est contaminée. Que dis-je : “mortelle” !… Ceci dit, certains spécialiste affirment (je ne suis pas sûre qu’ils le jurent sur la tête de ce qu’ils ont de plus cher au monde) que la peau arrêterait les pesticides. Une peau avec de super-pouvoirs… Bref. By the way cette affirmation est combattue par… d’autres spécialistes. Je comprends la position de Monsieur de Lucy. Je la comprends. C’est véritablement un nouveau coup dur porté à l’économie des nos îles. Quoiqu’il en soit j’attends donc le rapport du professeur Dominique Belpomme, qui sera remis ce mardi à l’Assemblée Nationale. On sait déjà qu’il y parle de “désastre sanitaire” en pointe du doigt le taux élevé de cancers de la prostate aux Antilles (le deuxième au monde) même si pour l’instant, le lien scientifique avec le chlordécone n’est pas fait. La bataille d’experts qui ne va pas manquer de s’engager nous montrera le poids véritable du lobby de la banane (Dieu seul sait qu’il est tout puissant) dans cette histoire.

Sale année pour la Martinique. Vraiment quand j’ai lu les titres de la presse j’ai eu envie de vomir. Ras-le-bol. C’est peut-être difficile à comprendre de l’extérieur mais j’ai vraiment l’impression que tout va de travers. Je parierais qu’une étude sur le moral des ménages martiniquais montrerait certainement ce même sentiment chez tous mes compatriotes. Y’en a marre. Je crois que pou le première fois en 5 ans je serais prête à repartir. Faire mes valises et aller voir ailleurs si j’y suis. Ailleurs. Pas à seulement à cause de Dean ou du chlordécone ou du paraquat mais un tout je crois. L’impression d’aller dans le mur.

On reparle du chlordécone dès demain…


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