J’ai lu “Watchmen”
Je poursuis ma découverte de l’oeuvre d’Alan Moore avec ce comic, de 12 numéros, édité par DC Comics de 1986 à 1987.
Après ma première lecture (en 3 jours en mode “lecture boulimique”) j’ai acquis deux certitudes: celle que la compréhension des scénarios d’Alan Moore nécessitent plusieurs lectures (et quand je dis “plusieurs lectures” quelque chose me dit que deux ne suffiront pas pour celui là) et celle qu’ils ne sont définitivement pas des destinés à des enfants.
“Douze minutes avant minuit sur l’horloge de l’apocalypse nucléaire.
Vendredi soir, le Comédien, agent numéro un du gouvernement américain depuis quarante ans, est mort à New York. Qui a assassiné cet ancien membre des Gardiens, un groupe de super-héros aujourd’hui dissous ? Et pourquoi ?
Mû par un terrible soupçon, Rorschach, le détective psychotique, contacte ses ex-partenaires: un “tueur de masques” est après eux.
Alors commence une traque sans pitié, où chacun apportera sa pièce du puzzle pour révéler peu à peu l’inimaginable vérité…
Tandis qu’inexorablement, les aiguilles se rapprochent de minuit.”
C’est quand même la première fois que je finis un comic en ayant l’impression d’avoir raté quelque chose. Pire: de n’avoir pas compris mais que cela vienne véritablement de moi; pas de l’oeuvre. C’est extrêmement désagréable comme sensation. Par contre, l’oeuvre est, encore une fois, tellement dense, tellement sombre et le scénario tellement fouillé qu’on a qu’une envie: souffler un bon coup et s’y remettre. Tiens, maintenant que j’y pense l’oeuvre est à l’image du synopsis de l’édition intégrale Delcourt que j’ai en ma possession: à décoder ! Du coup, je pense qu’un complément d’information au sujet du background n’est pas superflu.
Dans les années quarante, suite à la parution des premières bandes dessinées de super-héros, des hommes normaux décident de suivre leur exemple. C’est donc déguisé qu’ils descendent dans les rues faire respecter la loi. Cependant, le succès médiatique immédiat de ceux qui seront appelés les “Minutemen” n’empêchera pas leur disparition, quelques années plus tard, faute de publicité. Entre temps, l’apparition en 1959 du Dr Manhattan, un surhomme doté de pouvoirs en faisant presque l’égal d’un dieu, a modifié l’histoire que nous connaissons. Grâce à lui, les États-Unis ont, en effet, gagné la guerre du Vietnam, le scandale du Watergate a été étouffé et Richard Nixon est toujours président. Dans les années soixante dix un nouveau groupe de cinq super-heros est formé : les “Watchmen”. Il est composé du Comédien, (ancien Minutemen), du Dr Manhattan, de Rorschach, du Hibou, de Laurie (fille d’une Minutemen) et d’Ozymandias. Quelques années plus tard (en 1977), suite a des grèves de la police et à une hostilité croissante de la population qui leur dénie la légitimité de faire régner l’ordre, ces super-heros sont déclarés hors-la-loi et contraints de retourner à la vie civile.
C’est dans cette réalité alternative, en pleine paranoïa liée à la guerre froide et à la menace imminente du déclenchement d’une troisième guerre mondiale, qu’intervient le meurtre du Comédien en 1985. Il était avec le Dr Manhattan le dernier super-héros officiel autorisé par le gouvernement des Etats-Unis. Sa mort est un choc terrible pour ses anciens collègues. L’un d’eux, Rorschach, se pose cependant plus de questions que les autres et se demande notamment si ce meurtre est un acte isolé. Tout en menant l’enquête ; il entreprend de retrouver et d’avertir chacun de ses ex-coéquipiers du danger qui semble tous les guetter…
Vous y voyez un peu plus clair, non ?
Les super-héros d’Alan Moore ont donc la particularité d’évoluer dans un univers réaliste et violent et d’avoir décider de lutter contre le crime en n’ayant pas supers pouvoirs au sens propre du terme (seul le Dr Manhattan irradié lors d’expériences nucléaires est un surhomme). Ils sont donc profondément humains. Nous voilà donc en présence d’hommes et de femmes, quadragénaire de surcroît, qui malgré leur statut de super-héros sont dotés d’une psychologie et doivent faire face à des dilemmes et à des problèmes quasi-absents jusqu’alors de l’univers des comics (comme ceux de “Dark Knight” de Franck Miller initiateur de cette révolution). Ils sont mortels, faillibles et en proie aux doutes et aux problèmes de tout à chacun (le Hibou souffre d’impuissance sexuelle par exemple). Même les pouvoirs que leur confère le statut de super-héros ne les mettent pas à l’abri d’un retournement de l’opinion publique à qui ils font désormais plus peur qu’autre chose.
Ce premier point abordé, il convient maintenant de s’arrêter sur la composition de l’œuvre en elle-même.
L’édition Delcourt, est découpé en 12 chapitres (la série fut rééditée une première fois par Zenda en 1992, sous le nom “Les Gardiens”, en 6 tomes regroupant 2 épisodes chacun) qui s’ouvrent chacun sur une horloge s’approchant de minuit et de la fin du monde. Ce pavé de 398 pages est entrecoupé, à la fin de chaque chapitre, par plusieurs pages de documents écrits (sorte d’annexes au récit) explicitant ou éclairant des passages de la vie des protagonistes. Il s’agit d’articles de journaux, de longs passages du journal intime de l’un des personnages qui ont fait dès l’origine partie de l’œuvre. Ces documents ne servent pas directement l’intrigue du récit mais permettent de donner une profondeur à l’univers des Watchmen; les rendant terriblement réalistes en renforçant le postulat de départ de Moore : et si les super-héros existaient vraiment ?
Là encore, la narration de Moore mérite également quelques mots. Linéarité est un mot qui semble absent de son vocabulaire scénaristique. Chaque chapitre bénéficie d’une approche originale, allant du récit en flash-back à l’introduction d’une BD dans la BD en passant par un épisode organisé de manière totalement symétrique. Alan Moore a également le flair de s’entourer d’artistes qui magnifient ses œuvres. Ici les dessins sont signés Dave Gibbons tandis que les couleurs agressives de John Higgins, renforcent elles, la violence de l’œuvre.
Vraiment, je ne prends même pas la peine de m’aventurer à essayer de vous parler des symboles et des allusions historiques (vraies celles-là) auxquels il a régulièrement recours… Vous avez compris je pense : la lecture de ses romans graphiques demande une telle gymnastique intellectuelle qu’on ne peut que s’y consacrer à 100% sous peine d’être éjecté de l’œuvre sans sommation. Quelques minutes d’inattention vous oblige à retourner quelques pages en arrière pour, ne serait-ce que, suivre convenablement l’intrigue. J’ai également compris (apprentissage douloureux) qu’il ne fallait pas essayer de tout comprendre sur le coup sous peine de s’en tirer avec une migraine carabinée et un dégoût profond pour tout ce qui ressemble de près ou de loin à une case de BD.
“Pourquoi s’infliger une telle souffrance ?”, me direz-vous (question légitime après tout ce que je viens d’écire semble-t’il). Tout simplement parce que c’est presque jouissif de se retrouver en face de l’œuvre d’un auteur qui challenge vos capacités intellectuelles tout en vous divertissant. Ce n’est pas donc pas une souffrance en soi. Maintenant on adhère ou on n’adhère pas. On se prend au jeu et on adore ou on lit deux pages et on déteste.
Pour finir, Watchmen a trusté de nombreux prix dont le prix Hugo (décerné pour la première fois à une BD) ainsi que par le prix du meilleur album étranger à Angoulême en 1989.
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- Publié:
- 21.5.07 / 16:40
- Catégorie:
- Vu, lu, entendu








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