J’ai vu “Chronique d’un Scandale” et j’en suis sortie affreusement mal à l’aise

Evacuons tout de suite tout ce qui pourrait prêter à confusion dans mon titre: le film est excellent.

Chroniques d’un scandaleEnseignante, à la veille de la retraite dans un collège de Londres, Barbara Covett n’a rien d’autre dans sa vie que son travail et un chat. Sa solitude prend fin avec l’arrivée du nouveau professeur d’art, Sheba Hart. La jeune femme se révèle l’amie idéale dont Barbara avait toujours rêvé.
Lorsque Barbara découvre que sa nouvelle amie a une liaison avec un de ses jeunes élèves, leur relation prend un tour plus redoutable. Barbara menace de révéler le scandale à tout le monde, à commencer par le mari de Sheba…
Dans ce jeu trouble et cruel, ce sont les propres secrets et les obsessions de Barbara qui font surface. Entre les deux femmes, commence un affrontement qui va les emmener au bout de leurs faux-semblants et de leurs mensonges…

C’est donc un très bon film ce qui explique de nombreuses nominations notamment aux Goldens (3 nominations) et Oscars (4 nominations), pour ne citer qu’eux, lors de la dernière saison de récompenses. Richard Eyre a, en effet, réussi le tour de force de faire un film à la fois dramatique, dérangeant, touchant et drôle. Cet exploit il le doit en grande partie, à mon avis, à un casting sur mesure. Camper de tels personnages ambigus et complexes à souhaits (soit terriblement humains) était véritablement casse-gueule et le duo phare, à savoir Judi Dench et Cate Blanchett, s’en tire remarquablement. A noter d’ailleurs que Judi Dench et Cate Blanchett étaient toutes les deux nominées, à plusieurs reprises, en tant que meilleure actrice pour la première et en tant que meilleure actrice dans un second rôle pour sa cadette. Je n’ai pas vu “The Queen” mais Hellen Mirren doit y faire une sacré performance d’actrice pour avoir chipé l’Oscar à Judi Dench.

Par contre je suis un peu surprise par le synopsis vu l’histoire. Sans spoiler et sans exagérer le moins du monde; je peux vous certifier que ce n’est pas une “amie” que cherche Barbara Covett (Judi Dench). A aucun moment. Elle cherche une “compagne”. Nuance. En parler me permet d’ailleurs d’aborder le côté le plus dérangeant du film. Dérangeant à deux niveaux pour moi d’une part en tant que spectatrice et en tant qu’homosexuelle de l’autre. Il se trouve que le roman de Zoe Heller, dont le scénario du film est l’adaptation, nous décrit les ficelles de la relation trouble et troublante qui se noue entre ses deux femmes en abordant plusieurs “tabous”. L’ensemble et fascinant et révulsant, sinon révoltant, à la fois. Mais en même temps qu’est-ce qui est le plus dérangeant ? L’amour que voue Barbara (vieille fille pas très attrayante et manipulatrice) à Sheeba (jeune, belle et candide) ? La relation entre Barbara et Steven (collégien de 15 ans) ? Le fait que Sheeba, mère de famille de deux enfants dont un handicapé, succombe à ses pulsions ? Le chantage affectif de Barbara à Sheeba ?
L’ensemble certainement… L’ensemble est dérangeant même si l’atmosphère du film n’est pas étouffante pour autant principalement grâce au cynisme et à l’humour noir du personnage campé par Judi Dench qui nous conte sa vision des événement via une voix off. Le roman étant écrit à la première personne ; ce procédé de narration prend toute sa place et rajoute une dimension intimiste au film. Barbara Covett partage son intimité avec le spectateur ; faisant de lui un confident, un substitut de ce journal intime auquel elle se confie religieusement depuis des années et un témoin privilégié de sa… folie.

La sortie US du film avait cependant déclenché un début de polémique sur certains sites lesbiens qui s’interrogeaient quant à son éventuel caractère homophobe. J’avoue pour ma part que je n’ai pas eu cette impression. Le personnage de Barbara Covett n’est pas spécialement sympathique (il est plutôt antipathique même) j’en conviens mais de là à faire du film de Richard Eyre un pamphlet homophobe il y a un pas que je ne franchirais pas. Les névroses ne sont pas liées à un type de sexualité que je sache. Par contre, il est clair que le public dans la salle adhérait (avec jubilation pour certains) à la vision de la vieille fille aigrie, folle, méchante, enseignante intraitable et lesbienne qui leur était proposée. Tout y est. Même le chat ! De ce fait, que Barbara représente l’archétype de la lesbienne, condamnée à vivre seule, à mal vieillir et à s’inventer des histoires, telle que l’insconscient collectif se la représente ça je suis tentée de le croire ! D’où mon malaise. Je n’arrêtais pas de me dire dans mon for intérieur “Seigneur, épargnez moi ça !” alors peut-être que certaines personnes sont, elles, sorties du film en pensant “Seigneur, épargnez-nous d’en croiser une comme ça !”. D’où mon malaise je le répète ! Bref.

Un film sur la solitude qui m’a renvoyé de fait à une de mes peurs viscérale: vieillir seule ou serait-ce mal vieillir ? Je ne sais pas. Certainement un peu des deux…

A noter que l’affiche est très réussie et rend particulièrement bien l’ambiance du film. Ca m’a frappé quand je suis sortie de la séance. Le côté prédateur du personnage incarné par Judi Dench est parfaitement rendu.

Conclusion ? J’espère que mon billet n’est pas trop connoté négativement (se serait involontaire) parce que j’ai passé un excellent moment de cinéma. Excellent. A voir donc. Autre chose: pour une fois j’ai trouvé Cate Blanchett belle. C’est également à souligner.

***

Maintenant que j’y pense, vous savez à quoi il m’a fait penser ce film ? A un titre de Jean-Jacques Goldman ! “La vie par procuration” !


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