An Nou Allé et l’interprétation des chiffres du rapport VIH-SIDA de l’Institut de Veille Sanitaire

Décidemment…

Pour tout vous dire, j’avais décidé de passer cette nouvelle tentative de désinformation (et je pèse mes mots) sous silence mais en l’entendant vendredi matin sur les ondes mon sang n’a fait qu’un tour.

Je reprends, texto, la brève de l’association (pas moyen de faire un lien direct vers leur site), en date du 21 mars:

Une découverte de séropositivité sur deux en France concerne une personne noire - Aux Antilles, Monsieur Sarkozy doit parler du sida

(Le candidat de l’UMP mène campagne en Guadeloupe et en Martinique à partir du jeudi 22 mars. À cette occasion, An Nou Allé et douze autres associations présentes aux côtés des personnes noires vivant avec le VIH/sida lui demandent de s’engager à lutter contre les ravages singuliers de cette épidémie parmi les populations noires en France ultramarine et hexagonale)

Paris, le mercredi 21 mars 2007
Communiqué de presse n°ANA2007/53

Demain jeudi 22 mars, Monsieur Sarkozy entame une tournée électorale en Guadeloupe et en Martinique. Selon l’InVS (Institut de veille sanitaire), le taux de découvertes de séropositivité au VIH notifiées en 2005 est cinq fois plus élevé dans les DFA (départements français d’Amérique : Guyane, Guadeloupe, Martinique) qu’en France hexagonale (318 contre 62 pour un million d’habitants). Sur la base des données établies par l’InVS, on peut également estimer que près d’une découverte de séropositivité sur deux en France concerne une personne noire.

Dans ce contexte, sachant par ailleurs que le Sidaction débutera vendredi 23 mars, Monsieur Sarkozy doit s’engager à lutter contre les ravages singuliers du VIH/sida parmi les populations noires en France ultramarine et hexagonale. Nous lui demandons de répondre à la lettre adressée le 24 janvier aux candidatEs à l’élection présidentielle par quatre associations présentes aux côtés des personnes noires vivant avec le VIH/sida. Cette lettre invite les candidatEs :

1°- À rencontrer des malades et des activistes du sida durant leurs séjours dans les DFA ;

2°- À manifester leur soutien aux associations de malades et aux populations touchées par l’épidémie (notamment les femmes, les étrangerEs, les gais, les bisexuelLEs, les trans, les usagerEs de drogues ou les travailleurEs du sexe) ;

3°- À prendre des engagements clairs, concrets et chiffrés, en termes de politique de prévention notamment, sur la lutte contre le VIH/sida et les infections sexuellement transmissibles en France ultramarine et, plus largement, dans les populations noires en France.

AucunE candidatE n’a encore répondu aux associations, malgré une pleine page consacrée à cette lettre par le quotidien 20 Minutes. Est-ce à dire que les problèmes de santé publique rencontrés par les NoirEs en France ne sont pas des questions politiques ?

Avant toute chose, le rapport de l’InVS est disponible ici. J’aimerais également dire que je suis consciente de la nécessité de lutter contre le SIDA et de la nécessité d’obtenir des moyens supplémentaires pour le faire. Je dénonce simplement la méthode et les conclusions de l’association.

La phrase reprise par MAXXI dans son rapide survol de l’actualité du matin est celle là:

“Selon l’InVS (Institut de veille sanitaire), le taux de découvertes de séropositivité au VIH notifiées en 2005 est cinq fois plus élevé dans les DFA (départements français d’Amérique : Guyane, Guadeloupe, Martinique) qu’en France hexagonale (318 contre 62 pour un million d’habitants). Sur la base des données établies par l’InVS, on peut également estimer que près d’une découverte de séropositivité sur deux en France concerne une personne noire.”

C’est donc celle sur laquelle je vais focaliser mon attention et qui m’avait déjà fait bondir à ma première lecture. Pourquoi ? Je me méfie (je ne sais pas pourquoi) de leurs conclusions hâtives et celle là me paraissait alarmante certes mais d’une formulation hautement suspecte. Le procédé est simple et éculé: se servir de chiffres qui ne seront pas discutés (vu le sérieux de l’organisme en question); en tirer une conclusion que l’InVS n’a jamais faites en la formulant d’une façon qui peut laisser croire le contraire. Mais, me direz-vous, s’ils ne font qu’interprétez les chiffres qu’est que tu as à leur chercher des poux ? Ne ferais-tu pas une fixette ?

Non. C’est juste qu’à certains moments c’est trop gros. Juste trop gros. Mais vous avez raison si les chiffres parlent… Tiens. Les chiffres. Intéressons-nous aux chiffres. Eh bien figurez vous que ô surprise je ne trouve pas traces de ceux repris par An Nou Allé dans le fameux rapport de l’InVS. Je suis sérieuse. Vérifiez par vous-même. Voilà moi ce que j’ai relevé concernant les DFA notamment:

p. 8:

Les DFA occupent une position particulière, en partie liée à leur situation géographique, car ils représentent une zone d’attraction pour les pays voisins moins développés. Ils comptent pour 7 % de l’ensemble des cas de sida entre 1996 et 2005 et 8 % des découvertes de séropositivité (2003-2005). Les personnes se contaminent principalement par rapports hétérosexuels et la proportion d’étrangers parmi les diagnostics VIH ou sida est élevée (près de 50 %). De même, la prévalence du VIH chez les donneurs de sang est toujours plus élevée dans cette région qu’en métropole. Au sein des DFA, il existe également des disparités : un gradient croissant de l’épidémie se dessine entre la Martinique, la Guadeloupe et la Guyane. Ce gradient persiste quels que soient les indicateurs ou les sources de données : le taux de notifications du VIH et du sida (par million d’habitants), la proportion d’étrangers parmi les notifications du VIH, le taux de sérologies positives par million d’habitants sont plus élevés en Guyane (respectivement 838, 323, 68 %, 2 597) qu’en Guadeloupe (249, 95, 49 %, 971) et en
Martinique (175, 75, 8 %, 432).

p. 15:

Le taux moyen annuel de découvertes de séropositivité, redressé pour les délais de déclaration, est de 67 par million d’habitants pour l’ensemble de la France, sur la période 2003-2005. Il est très hétérogène selon les régions (figure 2). Quatre régions se distinguent par leur taux de découvertes de séropositivité beaucoup plus élevé que dans les autres régions : la Guyane (838 par million d’habitants), la Guadeloupe (249), la Martinique (175) et l’Île-de-France (IDF, 168). Dans toutes les autres régions, les taux sont inférieurs à 50 par million d’habitants (annexes 2 et 3).
L’IDF regroupe près de la moitié des découvertes de séropositivité en 2003-2005, les Départements français d’Amérique (DFA, 8 %), la région Rhône-Alpes (6 %) et la région PACA (4 %).

Je répète. J’ai épluché le rapport. Aucune trace des chiffres donnés par An Nou Allé. J’ai beau essayé de les retrouver en additionnant ou en retranchant ce que j’ai pu trouver comme chiffres, qui intéressent les DFA, en vain. Il semble qu’aucun de ceux de la dépêche n’apparaissent tels quels dans le rapport.

Du coup comment savoir si la conclusion est fiable ? Surtout celle selon laquelle “près (?) d’une découverte de séropositivité sur deux en France concerne une personne noire.

Non. Là j’arrête de rigoler ça m’énerve. Vraiment. Soyons sérieux 2 minutes ! Qu’est-ce que ça veut dire ? Je rappelle que en France la loi du 4 janvier 1978 spécifie clairement qu’”il est interdit de collecter ou de traiter des données à caractère personnel qui font apparaître, directement ou indirectement, les origines raciales ou ethniques des personnes”. L’InVS ne peut l’avoir fait. Par contre voilà une association qui arrive via ce rapport à additionner “des chiffres” pour la population Noire et aboutir à des conclusions absolument fausses en plus d’être stigmatisantes ! Pour information, que les DFA soient peuplés de populations noires ne veut aucunement dire que les cas de séropositivité recensés concernent uniquement des Noirs voyons surtout dans un département comme la Guyane par exemple !

Bref. J’arrête là. Cette racialisation, cette ethnisation de tous les problèmes me débecte.

Mais où va-t-on ???


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