J’ai lu “V pour Vendetta”

Il s’agit bien du comic book dans son édition intégrale puisqu’il s’agit en fait d’une série parue de 1989 à 1990.Souvenez-vous, après avoir vu le film j’avais été intriguée par la virulence des critiques des fans de la série et surtout par la réaction d’Alan Moore, son auteur, qui avait carrément claqué la porte de DC Comics. Du coup je m’étais promis de lire l’oeuvre originale. Grand bien m’en a pris tant s’immerger dans l’univers que créent Alan Moore et David Lloyd (pour le dessin) a été une expérience assez extraordinaire. Extraordinaire et relativement flippante finalement. Flippante parce qu’on en sort avec la désagréable impression d’une fiction anticipative. D’un possible. D’un probable même. A ce titre, je n’ai pu m’empêcher de faire, comme beaucoup, le parralèle avec “1984” de George Orwell; roman avec lequel il partage d’ailleurs de nombreux thèmes.

Un petit rappel du synopsis ?

V pour VendettaDans les années 1980, une guerre mondiale éclate ; l’Europe, l’Afrique et les États-Unis d’Amérique sont réduits en cendres par des bombes atomiques. La Grande Bretagne est épargnée par les bombardements mais pas par le chaos et les inondations issues des dérèglements climatiques. Dans cette société anglaise post-apocalyptique, un parti fasciste prend en main le pouvoir et tente de rétablir le pays après avoir procédé à une épuration ethnique, politique et sociale sans pitié.

En 1997, au moment où le parti semble avoir la situation sous contrôle, un anarchiste commence une campagne pour ébranler tous les symboles du pouvoir. Cet anarchiste qui se fait appeler “V” porte un masque représentant le visage de Guy Fawkes, le plus célèbre membre de la Conspiration des poudres. Lors de sa première action d’éclat (le dynamitage de la Chambre du Parlement), V sauve Evey, une jeune fille de 16 ans qui allait avoir maille à partie avec la police après son arrestation pour racolage.

Cette histoire de vengeance qui mêle anarchisme, cynisme politique, imagination des dégâts d’une politique ultraconservatrice et souffle épique se voulait d’abord une critique de l’Angleterre de Margaret Tatcher (de son ultralibéralisme et de la mise en index des minorités choisies comme bouc-émissaires) sous forme de mise en garde.

Je ne me risquerais pas à vous faire une comparaison entre le film et la série d’un parce que le dossier de Julien Foussereau est impeccable mais surtout parce que je n’en suis qu’à ma première lecture ! Je décode ? L’ensemble est trop dense, trop complexe pour en saisir l’essence en une seule lecture. C’est vraiment du lourd. Dès les premières pages, le lecteur averti comprend qu’il est véritablement en présence d’un masterpiece. La réputation n’est pas usurpée. Aucun doute possible. Le scénario est magistral (je comprends la tentation de l’adaptation cinématographique), les personnages ont une véritable profondeur et les diverses références historiques, philosophiques ou culturelles rendent (je ne pense pas me tromper) certainement possible (voire souhaitable) une lecture sur plusieurs niveaux.

L’édition intégrale de Delcourt (celle que j’ai en main) est divisée en 3 actes eux-mêmes divisés en chapitres alors que la série originelle (parue chez Zenda) comporte 6 tomes. Elle a vraisembablement été soignée ce qui permet de mettre en valeur la force incroyable des dessins de David Lloyd tout en effet d’ombres et de lumières (ce qui peut rebuter ceci dit). Je dirais que le trait, plutôt traditionnel par rapport à ce qui se fait aujourd’hui, sert magnifiquement le scénario en renforçant le côté noir de l’oeuvre.
A noter l’absence totale d’onomatopées pour représenter les sons et bruits. Les dessins ne donnent pas non plus d’indications de mouvement. En fait, les cases ne présentent que le dessin, les phylactères pour les dialogues et les cartouchent qui contiennent généralement les pensées des personnages. Beaucoup de cases ne contiennent d’ailleurs que le dessin. L’ensemble peut sembler statique et froid mais, encore une fois colle, diablement au scénario et au monde qu’il décrit.
Le tout était en noir et blanc à l’origine (là ça devait être véritablement ardu) mais a été colorisé par le suite. Bien sûr oubliez toute idée de couleurs criardes…

En conclusion, ce qui fait avant tout la force de cette oeuvre d’un des maîtres de la BD c’est l’acuité et l’actualité du discours politique autant que la subversivité du message délivré. 20 ans après, ça fait plus que jamais peur tant j’ai l’impression qu’on “touche au but”.

A noter que que la conscience d’Evey s’éveille véritablement à la lecture de l’histoire de Valérie et de Ruth et de la persécution dont elles furent victimes. Cet aspect du comic est d’ailleurs fidèlement respecté dans le film.

Du coup je n’ai qu’une envie: mettre la main sur Lost girls… récits croisés et hautement érotiques d’Alice (du Pays des Merveilles), Dorothée (du Pays d’Oz) et Wendy (de chez Peter Pan & co). Vous avez dit intéressant ?

Ah. Dernière chose: je comprends la déception des fans qui ont vu le film (qui emprunte à chaque acte). Il ne pouvait en être autrement: définitivement trop casse-gueule à adapter comme oeuvre sans être simplifié à l’extrême. Ce que n’ont pas hésité à faire les frères Wachowski à tort à mon avis même si grâce à eux j’ai découvert l’original.

J’en sors un peu groggy juste pour vous en parler avant de m’y replonger…


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