Admiral T pris à son tour dans la tourmente

Désolée pour tous ceux qui viennent sur ce blog pour des sujets un peu plus “légers” mais en ce moment l’actualité aux Antilles ne s’y prête pas forcément.

Il semble que depuis quelques temps, sous l’impulsion de “An Nou Allé” (association LGBT martiniquaise dont je n’ai pas toujours fait l’éloge mais qui a le mérite d’exister), les propos homophobes dans les textes de dancehall antillais ne passent plus comme des lettres à la poste. C’est une bonne nouvelle. S’ils s’étaient déjà élevés contre ce type de propos (punis pas la loi je le rappelle) il y a quelques mois suite à un concert public où un certains nombre d’artistes s’en étaient donnés à cœur joie avec des textes digne d’un Sizzla ou d’un Bennie Man, c’est cette fois-ci au tour d’Admiral T d’être dans leur collimateur.

Les raisons de la discorde ? Un texte sans équivoque signé par l’artiste avant son premier album (”Mozaik Kreyol”) intitulé “Makomè” (apparemment connue également sous le titre “Batty Boy Dead now” ou “Brilé Yo”).

Extraits :

[intro]
Yes man, Admiral T again Lory djam again
Nou ka vin pou brilé cé makomè la ka rété en lotèl de vil la
Bati boy dead now, bati boy dead now, bati boy dead

[Refrain x2]

La pli par dè yo ka soti lan nuit kon guimbo
Makomè yo ka fè kon di shabba dimbo
Tou de suit en ka chasé yo kon ranbo
Ou pé sintin kè yo tout kay soti é bob
[couplet 1] (Admiral T)

Enpéché douvan mwen, pon boug é pon boug pé pa bo
Enpéché douvan mwen, pon fanm é pon fanm pé pa bo
Tou dè suit en ka chasé yo kon rombo
Ou pé sintin kè yo tout kay soti é bobo
Sa mwen ka di sé sa mwen ka pensé mwen mèm pa on fo
Mwen pa ka chwazi tèm yinki pou mwen twouvé on vag flo
Yo kay kuit makomè plis ki on défo
Si tchouyé makomè sété sex mwen téké on ninpho
[Refrain x2]

Admiral T vient de recevoir la prix Césaire (”Révélation” de l’année). Un concert est prévu le au Zénith le 8 décembre prochain. “An Nou Allé” qui ne l’entend, pas bien sûr, pas de cette oreille regrette l’attribution du prix à cet artiste en particulier et demande l’annulation pure et simple de son concert ainsi que des excuses publiques.

Sentant très certainement venir le vent du couperet après l’”affaire Krys“, Admiral T avait pourtant, sur son site officiel publié, le 11 octobre 2006, le communiqué de presse suivant:

Je souhaiterais rappeler à tous, notamment aux artistes que j’ai pu rencontrer au cours de mon parcours, ce que quiconque s’intéresse à ma carrière, à mon combat, ainsi qu’à mes valeurs, sait :
Je suis le premier à vouloir que les hommes et les femmes, de toutes cultures, de toutes races, de toutes religions, de toutes convictions et de toutes m¦urs, puissent vivre ensemble, libres et égaux, dans la tolérance.
Je suis et serai toujours pour le respect de l’autre et des différences.
Je bannis la violence et la haine qui ne seront jamais à mes yeux une réponse.
Qu’on ne me prête aucune autre opinion ou idéologie.

ADMIRAL T

Voilà des artistes qui voulant percer dans le milieu Dancehall n’ont pas hésité à “faire comme les autres” et à verser dans le slackness qui est la forme la plus détestable du genre qui consiste à dénigrer les femmes, à valoriser la violence, la drogue et à parler de sexe de façon crue. Propos homophobes, sexistes et machistes sont légions dans le slackness et dans les milieux underground ce style fait fureur.

Le problème ce que le propos d’Admiral T a changé ! Maintenant il se réclame du righteousness qui, vous avez deviné, est le contraire du slackness. Il s’agit de dénoncer de manière consciente les problèmes de société. Le style de musique est beaucoup plus positif et le message s’en ressent. Il n’y a qu’à écouter quelques textes de “Mozaïk Kreyol” pour se rendre que l’artiste a évolué, mûri. Les interviews récentes de l’artiste semblent confirmer mon impression.

Mais voilà, succès oblige, les squelettes du placard on bien vite fait de ressortir…

Alors je vous le dis franchement autant pour Krys j’ai applaudi à deux mains parce que même encore maintenant ces textes sont limites mais pour Admiral T je suis un peu plus partagée. Je suis persuadée que ça aurait pu se “régler” autrement. Comment je l’ignore mais il y a quelque chose qui me gêne dans tout ce “battage médiatique”. Je crois que cette méthode “victimise” (thème très à la mode décidément) les artistes incriminés et je crois que ce n’est pas le but recherché, n’est ce pas ?


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