Histoire d’un coming out
A. si tu me lis c’est ma vision des choses… Je sais que tu ne la partages pas.
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Il y a des jours où le ciel vous tombe sur la tête. Pire, il y a des jours où le ciel vous tombe sur la tête et quand vous essayez désespérément de vous raccrochez à quelque chose c’est toutes les planètes de la galaxie qui vous tombent sur la gueule.
Le 8 novembre 1999 a été un de ces jours là.
C’était pourtant un matin comme les autres.
A l’époque j’étais dans une relation assez chaotique finalement (avec du recul) avec quelqu’un qui en plus de ne pas s’assumer avait déjà une vie de famille de surcroît sur Paris. Difficile. Oui. Mais malgré tout on essayait de faire des projets. Malgré le peu de temps qu’on passait ensemble (elle là-bas, moi ici), malgré ses doutes, ses incertitudes et le fameux quand dira-t-on (qui pour elle avait une consonance particulière et risquait d’avoir des répercussions toutes autres que pour moi vous pensez bien). Elle avait pour habitude de me dire, avec un petit sourire triste, qu’elle m’avait rencontré trop tard… Trop tard. J’avais 20 ans, elle n’en avait guère plus. Bref.
J’avais donc véritablement quelqu’un dans ma vie que quelques jours dans l’année au gré de ses “vacances au pays”. C’était toujours une surprise. Je recevais un coup de fil: “J’arrive demain” ou “T’es chez toi ? Je peux passer te chercher ?”. Surprise et bonheur presque total pendant quelques jours. La parfaite maîtresse finalement ? Oui. J’assume maintenant (avant je ne voyais pas les choses ainsi je vous promets !). Ca a duré quelques années. Avec des ruptures plus ou moins longues. Moi de mon côté sentimentalement engagée avec elle et incapable d’aller voir ailleurs si j’y étais; elle du sien sûrement à essayer de composer avec ses sentiment pour moi et sa vie de mère et de concubine (part d’elle que j’occultais totalement - je parle de la partie “concubine” ).
Ce matin là, j’allais à la fac en voiture quand mon téléphone a sonné. C’était elle. Un coup de fil comme j’en recevais d’elle. Pour m’entendre. Quelques minutes. La conversation s’est engagée comme d’habitude jusqu’à qu’au bout d’un moment elle ne dérive sur une de ses dernières sortie nocturne et sur une rencontre. Je me suis alors rendue compte, abasourdie, qu’elle est en train de me dire qu’elle s’était faites draguer et que cette fois là ça avait été plus loin.
Petite parenthèse. Je la connaissais de vue au lycée et déjà à l’époque elle avait un fan club assez impressionnant de filles hétéros pour la plupart que son côté très androgyne faisait complètement craquer. La plupart tombaient des nues en apprenant que c’était une fille moi ça ne m’a pas dérangé outre mesure. Un: je le savais déjà (pffffffffff). Deux: elle était vraiment craquante. J’avais moi-même craqué au point de ne pas me résoudre à laisser passer l’occasion de la draguer quelques années plus tard (il faudrait que je vous raconte un jour). J’étais donc bien placée pour savoir qu’elle plaisait énormément (même si elle ne me racontait pas tout) mais ça ne me dérangeait pas outre mesure (j’ai changé depuis). Ca flattait bêtement mon égo d’une part et puis, pour moi, ce qu’il y avait entre nous dépassait tout ça. C’était moi qui lui avait raconté à quel point elle faisait fureur au lycée (elle ne s’en rendait même pas compte !) et puis j’avais été la première… Ca compte, non ? Pour moi ça a compté ma première fois (ce n’était pas avec elle). Tout ça pour dire que j’avais confiance en elle. Fin de la parenthèse.
Là voilà donc me racontant sa soirée et sa rencontre avec une femme qui avait (a ?) un restaurant ici et qui, apparemment, lui courait après depuis quelques temps déjà. C’est qu’en plus je savais de qui elle me parlait ! Je fréquentais régulièrement son resto loin de me douter que la femme mariée qui surveillait d’un oeil attentif tout ce qui se passait en salle (pas mal de sa personne en plus cette pétasse) menait une double vie; et même que je lui avais peut-être donné quelques jours auparavant de quoi finir de payer son billet d’avion pour partir draguer ma copine ! Bref. Elle me raconte, l’air de rien, la soirée, l’alcool, la drague et une scène dans une chambre que moi sur le coup j’entends mais que je ne capte pas. Je ne captais plus. J’hallucinais. Mon cerveau refusait de fonctionner. Je savais que ce que j’avais entendu et qui avait refusé de s’imprimer était un point de non retour. Devant mon silence, elle s’est alors rendue compte qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas. Le temps de réaliser et de faire machine arrière (plein gaz), j’avais déjà explosé. Grosse engueulade (comme vous ne pouvez même pas imaginer si vous ne me connaissez pas) avant de raccrocher une première fois. Trop perturbée pour aller en cours et au bord des larmes, je décide de rentrer (chez mes parents à l’époque) alors que j’étais déjà garée sur le parking de la fac. Après un trajet de retour ponctué de coups de téléphone et d’explications plutôt houleuses, de guerre lasse je décide d’éteindre mon portable.
J’étais dévastée. Je ne comprenais pas pourquoi ça m’arrivait à moi. J’étais proprement dévastée. J’étais d’autant plus mal qu’à l’époque j’étais prête à tout pour elle. Elle aurait suffit qu’elle le veuilles. Qu’elle me le demande. Point. Je n’ai jamais fait dans la demi-mesure. Le tiède je ne sais pas faire. En plus je suis une incorrigible romantique alors vous pensez bien que je vivais ma passion amoureuse, impossible de surcroît, à 200%… Et là ça ! Ses explications n’avaient ni queue ni tête. Elle s’embrouillait et moi certaines autres conversations me revenaient en mémoire. Combien de fois ? Combien de fois j’avais crue à ses mensonges ? Combien de fois j’avais balayée de la main, avec mon habituel aplomb, les arguments de celles qui me disaient que je devais peut-être me poser plus de questions sur ses sentiments à mon égard. J’avais tellement voulu y croire à cette histoire… Et j’avais mal. J’avais d’autant plus mal que je me sentais conne et naïve. Conne. Naïve. Moi. Moi ! Celle à qui on ne la faisait pas…
Ma mère ne travaillait pas ce jour là. Période couture oblige (ça lui est passé), elle était assise devant sa machine à suivre un patron. Sans vraiment lui jeter un regard, j’ai dû lui dire que je m’étais trompée dans mon emploi du temps avant de m’engouffrer dans ma chambre.
Quelques minutes après ne voilà t-il pas que le téléphone de la maison sonne. C’était elle. Je le savais déjà. Je crois que j’ai dû répondre laconiquement à deux ou trois reprises avant d’abréger rapidement. Ce n’était ni le moment ni l’endroit.
Et là ma mère s’est tournée vers moi, m’a regardé, s’est levée de sa chaise et m’a prise dans ses bras. “Dis-moi ce qu’il y a…”. Ses mots exacts.
Vous imaginez bien que j’ai fondu en larmes. J’ai fondu en larmes et entre deux sanglots j’ai dit: “Maman je suis gay”. Avant de réaliser.
C’était un 8 novembre 1999 veille de mon 24ème anniversaire.
C’est à cet instant précis que les planètes de la galaxie se sont mises à me tomber sur la gueule… une par une.
A propos de cet article
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- Publié:
- 10.11.06 / 23:31
- Catégorie:
- In my "L" world










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