Bienvenue à l’aéroport…
… Martinique-Frantz Fanon…
C’est donc le choix qu’ont effectué les conseillers régionaux martiniquais réunis aujourd’hui en séance plénière. Le nom de Frantz Fanon était en balance avec celui d’Aimé Césaire.
“A la mairie de Fort-de-France, les élus de la majorité avaient voté en faveur du nom d’Aimé Césaire pour baptiser l’aéroport appelé jusqu’à maintenant “aéroport le Lamentin/Fort-de-France“.
Frantz Fanon est peu connu dans son pays, la Martinique, car il a passé l’essentiel de sa vie de militant dans sa terre d’adoption, l’Algérie. Il est né à Fort-de-France le 20 juillet 1925. Il meurt à Washington le 6 décembre 1961, à l’âge de 36 ans, des suites d’une leucémie. Il est inhumé au cimetière de “Chouhada” (Tunis).
Médecin psychiatre, écrivain, combattant anti-colonialiste, Frantz Fanon a marqué le XXe siècle par sa pensée et son action, en dépit d’une vie brève frappée par la maladie. Il fit ses études secondaires au lycée Schoelcher.”
Le lycée Schoelcher sera, lui, rebaptisé lycée Aimé Césaire.
Petite “anecdote”: il semble que se soient les propos du ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy, lors de sa visite aux Antilles en mars dernier, qui aient fait pencher la balance en faveur de Frantz Fanon puisque “notre” Président de Région Alfred Marie-Jeanne (indépendantiste) aurait déclaré, pas exactement en ces termes, qu’il n’était pas question de se plier au désir de qui que se soit (dixit un journaliste de la radio RCI ce jour). Rappelons que les élus indépendantistes représentent 68 % du conseil régional.
Petit éclaircissement: après les émeutes de banlieues en novembre dernier, Nicolas Sarkozy avait été contraint de différer son voyage aux Antilles. En effet, après l’épisode du refus de la majorité UMP de l’Assemblée nationale d’abroger l’article 4 de la loi du 23 février 2005, sur le “rôle positif de la présence française outre-mer” (finalement abrogé après l’intervention de Jacques Chirac); les mots “racaille” et “karcher” avaient été la goutte d’eau qui fait déborder le vase pour une grande partie de l’opinion publique antillaise (rappelons que beaucoup d’antillais habitent les banlieues en question). C’est dans ce contexte qu’Aimé Césaire, figure martiniquaise par excellence (donc homme qu’il convient de rencontrer pour tout présidentiable qui se respecte), avait alors fait savoir qu’il ne recevrait pas le ministre de l’Intérieur.
“Je n’accepte pas de recevoir le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy pour deux raisons. La première : des raisons personnelles ; la seconde, parce que, auteur du Discours sur le colonialisme, je reste fidèle à ma doctrine et anticolonialiste résolu. Et ne saurais paraître me rallier à l’esprit et à la lettre de la loi du 23 février 2005.” Et d’ajouter “Je vois dans toute la campagne faite par tel quotidien martiniquais (NDRL: France-Antilles) sur une possible rencontre Sarkozy-Césaire un piège dans lequel je ne tomberai pas.”
Celà se passait en décembre 2005 et quelques jours plus tard la visite de Sarkozy était annulée. Lors de sa visite en mars dernier donc, faute une nouvelle fois de n’avoir pu rencontrer le poète diront les mauvaises langues, notre ministre de l’Intérieur avait alors annoncé que l’aéroport international de Lamentin/Fort-de-France s’appellerait aéroport Aimé Césaire dans les délais les plus courts.
Peut-être aurait-il mieux fait de se taire.
Personnellement j’aurais préféré aéroport Aimé Césaire ne serait-ce que parce que l’homme a beaucoup plus impliqué politiquement pour la Martinique que Frantz Fanon notamment en tant que député-maire de Fort-de-France. Loin de moi l’idée de dénigrer l’oeuvre de Fanon mais disons qu’il s’est beaucoup plus engagé en Algérie. C’est un constat. Je pense que Césaire méritait cet hommage “de plus” de son vivant. Peut-être attendrons nous également son décès pour qu’il soit étudié dans les écoles au même titre que d’autres très grands poètes français. “Nul n’est prophète en son pays”. Ce vieil adage se vérifie encore une fois pour ce poète de la négritude.
Pour finir, un extrait de “Peau Noire, Masques Blancs” de Frantz Fanon (publié en 1952).
“Le Noir veut être comme le Blanc. Pour le Noir, il n’y a qu’un destin. Et il est blanc. Il y a de cela longtemps, le Noir a admis la supériorité indiscutable du Blanc, et tous ses efforts tendent à réaliser une existence blanche. N’ai je donc pas sur cette terre chose à faire qu’à venger les Noirs du XVIIè siècle ?
(…) Je n’ai pas le droit moi homme de couleur, de rechercher en quoi ma race est supérieure ou inférieure à une autre race.
Je n’ai pas le droit, moi homme de couleur, de me préoccuper des moyens qui me permettraient de piétiner la fierté de l’ancien maître.
Je n’ai ni le droit ni le devoir de d’exiger réparation pour mes ancêtres domestiqués. (…)
Vais je demander à l’homme blanc d’aujourd’hui d’être responsable de tous les négriers du XVIIè siècle ? (…)
Ne voulant pas faire figure de parent pauvre, de fils adoptif, de rejeton bâtard, le noir va t-il tenter de découvrir fébrilement une civilisation nègre ? Que surtout l’on nous comprenne. Nous sommes convaincus qu’il y aurait un grand intérêt à entrer en contact avec une littérature ou une architecture nègres du IIIè siècle avant jésus-christ. Nous serions très heureux de savoir qu’il exista une correspondance entre tel philosophe nègre et Platon. Mais nous ne voyons absolument pas ce que ça pourrait changer dans la situation des petits gamins de huit ans qui travaillent dans les champs de canne en Martinique…”
Spéciale dédicace pour tout ceux qui adhèrent ou veulent se laisser tenter par l’idéologie de la tribu KA.
A propos de cet article
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- Publié:
- 3.10.06 / 15:38
- Catégorie:
- Point de vue



Je trouve que ce choix est nul.
Pourquoi ne peut-on pas honorer un homme (ou une femme d’ailleurs) qui certes est né sur le sol martiniquais mais a Å“uvré pour son territoire? Bien entendu, il ne faut pas vivre en vase clos. C’est très valorisant que certains martiniquais aient un rayonnement qui dépasse le cadre insulaire. Mais prenons garde au caractère exemplaire de ce choix pour les plus jeunes : pour être un “grand homme” allez voir ailleurs.
Où l’on apprend que le choix final reviendra au ministère des transports… wait and see.
[...] Le Blog de Moi (Fr) describes the debate over after which anticolonialism thinker to name Martinique’s international airport: Aimé Césaire or Franz Fanon. Fanon, although born in Martinque, is not well-known there. The balance has tipped in favor of Césaire who, still living, publically refused to meet with French Interior Minister Nicholas Sarkozy in advance of his visit because of his support for “an active French presence overseas.” [...]
Où l’on apprend qu’Aimé Césaire a fait part de son refus (de ses plus “expresses réserves” en fait) que son nom soit attribué au lycée Schoelcher.
“Victor Schoelcher est un homme qui a droit à la gratitude et à la reconnaissance des Martiniquais, qui d’ailleurs le vénèrent”
Dans le courrier adressé au président du conseil régional, Aimé Césaire parle également de l’établissement en lui-même “que nous devons garder à tout prix. Véritable document historique, le lycée Schoelcher, c’est l’affirmation d’une fidélité et l’affirmation d’une doctrine”.
De nombreuses voix (pas seulement la mienne donc) se sont élevées mardi en attendant la proposition de la région. Chacun rappelle notamment l’histoire du lycée foyalais, celle qui montre la volonté de mettre en place à l’époque un enseignement secondaire pour les gens de couleur ; parce qu’à Saint-Pierre, le lycée d’enseignement secondaire au début du siècle était réservé uniquement aux békés (blancs créoles).
“Pour ce passé prestigieux du lycée Schoelcher, et sans doute pour d’autres raisons que l’ex-maire du chef-lieu n’a pas évoqué publiquement, il demande au conseil régional de prendre acte de son refus.”
Je trouve que la manie de débaptiser et rebaptiser à Fort-de-France est extrêmement malencontreuse.
Je commencerai par une décision que je trouve regrettable même si elle a été prise par Aimé Césaire : le débaptême de la place Stalingrad et sa transormation en place François Mitterrand. Stalingrad ne renvoyait pas à Staline, mais au combat victorieux de l’armée soviétique, tournant décisif de la guerre contre le nazisme. Même les plus obtus des élus de droite n’ont jamais proposé de débaptiser le métro Stalingrad à Paris, il n’y avait pas lieu de le faire à Fort-de-France. François Mitterrand restera l’homme qui au début de la guerre d’Algérie a déclaré ” l’Algérie c’est la France “, qui a refusé la grâce du militant anti-colonialiste Fernand Yveton et d’autres condamnés à mort pour cause d’engagement dans les rangs ou à côté du Front de Libération nationale algérien quand il était Ministre de l’Intérieur. Dans un pays qui honore à juste titre Franz Fanon, le nom de Mitterrand n’aurait pas dû être substitué à celui de Stalingrad.
Passons sur le débaptême du collège Ernest Renan. On pouvait bien honorer la dame dont il porte aujourd’hui le nom sans lui enlever celui de Renan, qui sans doute était tenant des théories de son siècle sur la hiérarchie des races - ce sont des passages de son oeuvre qui ne sont aujourd’hui connus que des spécialistes, mais représente surtout aux yeux du public cultivé l’esprit de la liberté et de la raison contre l’obscurantisme. Tous les curés de la Martinique, pays hautement catho (malgré le rôle de l’Eglise dans la perpétuation de l’esclavage) ont dû se frotter les mains de contentement.
Quant au projet de débaptiser le lycée Schoelcher, il est purement et simplement odieux. On peut sûrement trouver d’autres moyens d’honorer Aimé Césaire. A ce compte là , pourquoi ne pas rebaptisr la commune de Schoelcher Case navire (quels navires, dites moi..). Le surenchérisme idéologique consistant à se taper sur la poitrine, à affirmer haut et fort que ” nous nous sommes libérés tout seuls “, et à récuser toute idée d’une aide extérieure au moment de la fin de l’esclavage, est absurde. En outre il faut tenir compte aussi du courage politique de Schoelcher après 1848, et pas seulement avant 1848 ou en 1848. Je renvoie aux ouvrages historiques sur cette période.
Si on débaptise le lycée Schoelcher, il faut y aller gaiement aux Terres Sainville : et débaptisons la place de l’Abbé Grégoire, et débaptisons la rue de la Pétition des ouvriers de Paris, etc.. Il est vrai que Monsieur Marie-Jeanne peut baptiser et débaptiser les lycées, mais n’est pas devenu Maire de Fort-de-France..
En revanche, en matière de débaptême, on pourrait envisager de déboulonner la plaque en l’honneur d’un général ayant participé à la colonisation du Tonkin à l’entrée de la Mairie du François, et on peut sûrement trouver d’autres exemples de ce style.
comment ce fait-il chers elu(e)s qu’il soit impossible de trouver en ligne des informations sur les horaires des avions? Doit on systematiquement passer par le téléphone?
Il me semble que la question est à poser à la CCIM gestionnaire de la structure plus qu’aux élus, non ? C’est de leur ressort de mettre en ligne un site avec ce type de renseignements.
De plus il me semble que sur les sites respectifs des compagnies aériennes cette info est disponible.
Ce sera donc bien l’aéroport Aimé Césaire.
Notre ministre de l’intérieur a “lâché l’info”. Date du baptême: 16 janvier 2007.
n existerait-il pas un autre lieu pour honorer A CESAIRE???
Vu que la population ayant adopte Schoelcher ..
BREF ENCORE DES EMMERDATIONS FOYALAISES EN VUE,,,,?????? A point au courant pour aéroport? Sinon ces baptêmes profitent aux industries de plaques et les invités qui ont la descente rapide concernant le vin d’honneur le jour ” J “