Je la croise tous les matins…
Elle attend son bus. Je passe en voiture. Elle attend son bus pour le lycée. J’écoute la radio ou mon CD du moment, prenant mon mal en patience, coincée dans les ralentissements inévitables à cet endroit.
C’est devenu un rituel immuable. Chez moi en tout cas. Petit coup d’oeil à gauche pour voir si elle est là. Juste pour voir “si elle va bien”. Tout bête. Pour voir comment elle est habillée. Aussi. Je me serais habillée comme elle si j’avais son âge.
Rien de sexuel rassurez-vous. Je l’ai remarqué depuis l’année dernière. Un matin, en plein ralentissement. Mon regard s’est arrêté sur sa personne. Tilt. Pourquoi ? Son style. You know, a tomboy style. Rien de vulgaire cependant; plutôt streetwear/sportwear. Le tryptique baggy-jeans-t-shirts mais sans la volonté de se “dissimuler” derrière ses vêtements que l’on sent chez certainement adolescentes mal dans leur peau. En tout cas elle n’adhère vraisembablement pas à l’”uniforme” des Lolitas d’ici: l’incontournable jean ou pantalon taille basse moulant, le t-shirt ras du nombril et l’inamovible (ça fait presque 3 ans maintenant, non ?) paire de nike shoks (bah, ceci dit, le modèle a remplacé les nike air de l’époque).
Ce côté garçon manqué donc et son regard. Un air de défi. Je connais ce regard. J’ai eu le même. Ca m’est passé maintenant; disons que je n’ai plus rien à prouver à personne. Plus personne à “défier”. Je sais qui je suis, le reste je m’en fous un peu. Vous voyez ce que je veux dire ?
Elle est jolie. Elle doit commencer à le savoir d’ailleurs. En tout cas le garçon qui la drague tous les matins depuis plus d’un an maintenant semble ne pas avoir la côte. Elle a toujours un air profondément ennuyé lorsqu’il lui parle. Ca n’a pas l’air de le déranger outre mesure.
C’est marrant, elle fera sans doute partie de ses filles qui attirent inévitablement les deux sexes. Elle n’y coupera pas. Elle a un truc. THE truc ? A mon avis oui. N’en déplaise à certains, je fais confiance à mon gaydar mais bon on ne peut jamais jurer de rien ceci dit… En tout cas, un jour ou l’autre il y en a une qui essayera timidement (ou pas d’ailleurs) de la draguer.
Que fera-t-elle ce jour là ? That is the question. Je me demande si c’est plus facile pour les jeunes lesbiennes d’aujourd’hui de “sauter le pas”. Moi ça n’a pas été difficile mais (le choc de ma vie a été de découvrir que j’étais lesbienne et pas bisexuelle… - autrement dit je savais que j’aurais été amenée à franchir le pas un jour où l’autre - ) plus de 10 ans après (aaaaaaaaargh !) je me pose quand même la question. J’ai l’impression que j’aurais sauté le pas beaucoup plus vite… La génération “L Word” est-elle déjà dans les starting blocks ?
Tous les matins donc, je pose un regard attentionné sur “mon élève malgré elle”. “Elève” parce que je surveille ses absences et ses humeurs comme un prof peut surveiller le comportement de ses élèves conscient qu’il peut altérer leurs résultats. Un simple coup d’oeil. Je crois que je guette dans son regard une éventuelle révélation. Je me dis qu’un jour peut-être beaucoup plus tôt que moi (avant la fin du lycée ?), son air de défi s’en ira pour laisser place à la sérénité. Ce jour là je ne jetterais plus de regard à gauche chaque matin… Elle sera prête à affronter le monde.
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- Publié:
- 22.9.06 / 11:47
- Catégorie:
- In my "L" world
). C’est marrant ça. Chacun a effectivement son cheminement. Je pensais pourtant… que peut-être… Par curiosité, tu vis aux antilles ou ailleurs ? Ville ? Bled ?






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