L’Eglise et le dialogue interreligieux: Jean-Paul II Vs Benoît XVI
C’est Jérôme qui disait dans un de ses commentaires sur mon billet sur l’Afrique du Sud (notamment sur les événements politiques qui ont suivis la fin de l’apartheid): “Cela tient aussi à la volonté de paix de chaque partie, qui exclut les extrêmistes et les violents (quel était le nom du parti concurrent de l’ANC, très violent ?). de ce côté-là, l’Afrique du Sud a eu la chance d’avoir un Nelson Mandela plutôt qu’un Mugabe, un Frederik de Klerk plutôt qu’un Milosevic…”
Cette réflexion peut-être adaptée à bien des situations…
Je ne suis pas fan de la papauté en général et de ses prises de position mais il faut reconnaître à Jean-Paul II le mérite, au cours de son pontificat, d’une intensification du dialogue interreligieux. Nul besoin de rappeler qu’au cours de ses voyages, il a rencontré des dignitaires de toutes les religions (dont ceux des deux autres religions monothéistes) et prié dans plusieurs de leurs lieux saints. Ni qu’à deux reprises, il a invité les responsables de toutes les religions à une prière commune pour la paix (Assise: 27 octobre 1986 et 22 janvier 2002). Ce sont des gestes marquants quoiqu’on puisse penser de l’institution en elle-même.
Concernant l’Islam, il a quand même été le premier pape, en 2001, à entrer et à prier dans une mosquée en l’occurence celle des Omeyyades à Damas (lieu de la conversion de Saint Paul).
Je reste persuadée qu’il a évité, après le 11 septembre 2001, que la guerre mondiale contre le terrorisme entamée pas W.Bush et ses amis ne vire en croisade. A la lumière des derniers événements, en plagiant Jérôme, j’aurais pû écrire “de ce côté là, le monde a eu la chance d’avoir un Jean-Paul II plutôt qu’un Benoît XVI…”
Parce qu’il semblerait que Benoît XVI ne soit pas précisément enclin à suivre la voie de son prédécesseur en matière de dialogue interreligieux.
Mardi dernier (12 septembre 2006) lors d’un discours à Ratisbonne en Bavière le pape a cité “ - sans se les approprier explicitement - les déclarations d’un empereur byzantin du XIVe siècle, Manuel II Paléologue, qui, dans sa Controverse sur le “djihad” avec un érudit persan, dénonce, en termes vifs, la guerre sainte et la tentation de la violence qui, selon lui, est intrinsèque à l’islam. Citant des propos vieux de six siècles, Benoît XVI perpétue ainsi l’image d’un islam qui ne condamnerait pas assez nettement la violence au nom de la foi et qui, à la différence du christianisme - qui a bénéficié de l’héritage de la philosophie grecque, de saint Augustin et de Thomas d’Aquin - n’aurait jamais acquis les instruments de la raison et de la modernité.”
Voici l’extrait cité par Benoit XVI : “Montre-moi donc ce que Mahomet a apporté de nouveau. Tu ne trouveras que des choses mauvaises et inhumaines, comme le droit de défendre par l’épée la foi qu’il prêchait“.
L’Eglise catholique est évidemment bien placée pour donner des leçons à quiconque en matière de “condamnation de la violence au nom de la foi”, n’est-ce-pas ? Certains diront que le propos a été mal compris interprété et que les Musulmans sont devenus “susceptibles” et montent au créneau pour tout et n’importe quoi en ce moment. On le serait à moins non (susceptible) lorsque votre religion est systématiquement pointée du doigt et stigmatisée depuis 5 ans ?
Qu’elle est la nécessité et l’utilité de ce passage ? Où veut-il en venir ? Voilà deux de mes nombreuses interrogations…
Il ne s’agit pas d’avoir le droit ou non de critiquer une religion (je pense que ce droit devrait aller de soi) mais simplement, pour un personnage d’une telle importance (”chef spirituel des catholiques” ), de peser ses mots surtout sur un sujet aussi sensible.
Sans compter que c’est exactement un des arguments de la droite chrétienne et conservatrice américaine pour justifier de la poursuite de la guerre contre le terrorisme. Il s’agirait notamment de préserver la foi catholique contre le “péril islamique”.
Avions-nous vraiment besoin de ça par les temps qui courent ?
Sincèrement je ne sais pas si celà justifiait d’une place Jean-Paul II à Paris (inaugurée en pleine polémique au début du mois) mais je sais que rien n’est jamais tout noir ni tout blanc dans la vie. Sans vouloir raviver la polémique, ce pontificat a eu des résonnances positives dans quelques domaines et le reconnaître ne veut pas dire auculter ou nier le reste.
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- Publié:
- 15.9.06 / 10:53
- Catégorie:
- Point de vue






Je ne pense pas que JP II a été un grand homme.
La religion catholique place son Pape comme premier personne sur terre à pouvoir communiquer avec Dieu.
Si Dieu est amour, si nous sommes à son image, pourquoi rejeter les homosexuels ?
C’est vrai qu’en n’accusant pas l’islam JPII n’a pas entrainé les catholiques modérés dans une croisade. Il n’a pas mis de l’huile sur le feu mais je ne me rappelle pas qu’il ait vraiment utilisé toute la “puissance” de son discours pour empêcher la guerre religieuse. Bush et consorts sont quand même partis dans leur croisade. Et ils le sont toujours. D’accord peut être grace à JPII ils sont les seuls et que si on avait eu Benoit XVI ils seraient plus nombreux. Indépendamment de cela, moi j’aurais plutôt tendance à penser que “le monde n’a pas de chance d’avoir un Jean-Paul II où un Benoît XVI” qui ont tous les deux des discours fort réactionnaires sur bien des sujets et qui n’entrainent pas le dialogue entre les athées et les croyants, dialogue tout aussi important que inter religions.
Heureusement que j’avais pris la peine de préciser que je n’étais pas fan de la papauté et de ses prises de position !
Of course que le JPII et Cie ne sont, à mon avis, pas dans le vrai dans leur condamnation de l’homosexualité ! Et l’argument que tu avances La Marica est le premier que je sers aux homophobes catho que je croise ! Là n’était pas la question ni l’objet de mon billet ! Disons que ce dernier était plus anti Benoît XVI que pro JPII !
Et puis je ne sais pas ce que sais un grand homme. Un vrai. Ce serait quelqu’un d’irréprochable toute sa vie ou qui aurait fait quelque chose de “bien” ?!… Que sait-on véritablement des gens (de leur vie privée par exemple) pour leur apposer ce qualificatif ? Bref, c’est un autre débat…
Isabel, c’est clair que JPII aurait pu faire “plus” mais peut-être que ce petit bémol a fait la différence (plus grande qu’on ne le pense peut-être) et j’espère que Benoît ne me donnera pas raison… Ton point de vue sur le reste se défend mais on n’a encore jamais vu de guerre de religion entre athées et croyants que je sache !
Tout à fait il n’y a pas de guerre de religion entre athées et croyants, et cela serait un autre débat sur la papauté et ces idées, ce qui n’était pas le but de ton post. Tu as raison sur le sujet inter religion avec JPII surtout quand on voit les réactions que les propos de Benoit XVI ont provoqués dans le monde de l’islam, et ça on n’en avait vraiment pas besoin! Quel schtroumf ce Benoit! Lui il a vraiment mis de l’huile sur le feu. Je me demande bien dans quel but…
Cette affaire commence vraiment a me taper sur le système. Visiblement, il devient impossible de débattre à propos de l’Islam. Je rappelle que les propos qui suscitent toute cette polémique ne sont pas de Benoit XVI mais d’un emperereur Byzantin du Moyen-Âge. C’est tout de même curieux que ceux qui s’offusquent des propos du Pape sont parfois les mêmes qui lancent des appels au meurtre (du Pape d’ailleurs) et donc à la violence si l’on ne pense pas comme eux.
Si je comprends bien, il est interdit de débattre sur le thème violence et religion et surtout violence et Islam (or c’était bien là l’intention du Pape). L’Islam n’est certes pas la seule religion qui doit se poser des questions à propos de la violence. Mais ne nous voilons pas la face, il y a bien un problème avec une ou des formes d’intégrisme musulman qui prend à l’occasion des caractères violents. Bien entendu, je n’assimile pas le monde musulman dans son entier au fondamentalisme. Mais prenons garde à la politique de l’autruche, les débats à propos de l’Islam ne doivent pas être réservés à des sphères religieuses musulmanes. Et je crois que c’est ici que ce situe l’un des points de friction. Pour conclure je voudrais citer un extrait de l’entretien accordé au Monde par Malek Chebel La longue quête d’un islam des Lumières : “L’islam peut donc être une religion de tolérance et de paix. C’est quand il est en situation de repli qu’il devient dangereux pour les autres et pour lui-même. Il devient alors autiste, ne sait plus établir les hiérarchies, mélange le niveau émotionnel et méthodologique.”
tu as bien raison de dire le dialogue interreligieux pcq sinon il n’en existe pas!!! De quel droit les hommes se permettent ‘ils de se placer plus haut que les autres et d’imposer leurs idées! Non mais!!!!!