Après-midi carte postale et mélancolie
Dimanche après-midi, nous sommes allées faire un tour en voiture histoire de sortir de la fournaise qu’est l’appartement à partir de 14h.
Départ de Schoelcher direction Case-Pilote puis Bellefontaine, Carbet, Saint-Pierre, Morne-Rouge, Basse-Pointe, Macouba jusqu’à Grand-Rivière puis retour à la case départ en sens inverse. Nous avons donc longé la côte caraïbe avant de remonter à l’intérieur des terres pour suivre un petit bout de la côte atlantique. Je vous ai mis une petite carte pour vous aider à visualiser notre promenade (un peu plus de 3 heures de route aller-retour).

Pour ceux qui ne connaissent pas, le nord de l’île est plus montagneux et plus rural que le sud. La végétation y est beaucoup plus abondante et le coin est de ce fait plus frais, plus humide. C’est de ce côté que l’on trouve également la Montagne Pelée (volcan “éteint” ) et la grande majorité des rivières.
C’est la partie de l’île que je préfère mais c’est également celle où je refuse (pour l’instant catégoriquement) de vivre. Quand je m’y promène j’alterne entre un plaisir teinté de mélancolie et des relents d’amertume et de rancoeur… L’amertume prédominait hier. Le plus incroyable que je ne comprends pas bien moi-même le pourquoi de ce “ressentiment” ou plutôt pourquoi il est encore si présent.
Ma famille est originaire d’une commune du Nord-Atlantique où j’ai vécu jusqu’à l’âge de 15 ans (avec un aller-retour sur Paris qui a duré 2 ans - j’étais encore en primaire - ). J’ai donc eu une enfance et un début d’adolescence tout à fait quelconque et tranquille. Trop tranquille ? C’est certainement ça. Pas une enfance malheureuse (rien à voir) mais une enfance dans un coin trop tranquille. Ennuyeux. J’ai grandi au royaume de l’inertie (en plus ça aurait pu être pire; j’aurais pu ne pas habiter le bourg !). Même maire depuis 2 siècles (le vote des morts y’a que ça de vrai). Il ne se passait jamais rien dans la commune. Jamais. La fête patronale constituait l’unique événement annuel. Et encore, je ne vous raconte même pas l’événement que c’était… Ah oui, et puis le carnaval aussi… En deux mots: on se faisait chi**. Comme des rats morts.
L’avenir à cette époque ? Un chemin tout tracé. Malgré vous presque. Celui qu’ont emprunté certaines amies de l’époque qui sont maintenant mariées, avec un gars du coin ou des environs connu au lycée, et mère de famille… Quand je les revoie elles ont toutes l’air d’avoir 10 ans (et 10 kilos !) de plus que moi. Je sais pourquoi. Elles y sont restées. Elles y sont encore.
Je ne suis pas “mieux”. Non. Je suis partie (merci maman, merci papa)…
Je lisait déjà énormément et comme il fallait s’y attendre je rêvais d’un “ailleurs”. Je rêvais d’une autre vie, d’autre chose. Plus grand, plus beau, plus animé. Plus vivant. Un truc me vient. La chanson de Goldman “Envole-moi”… C’était exactement ça. Ce n’était certes pas le même background, le même paysage (pas de tours, pas la zone) ni même la misère ou l’insécurité mais les paroles avaient un sens pour moi.
” J’ai pas choisi de vivre ici
Entre la soumission, la peur ou l’abandon
J’m'en sortirai, je te le jure
A coup de livres, je franchirai tous ces murs
Envole-moi
Loin de cette fatalité qui colle à ma peau
Envole-moi
Remplis ma tête d’autres horizons, d’autres mots
Envole-moi
Me laisse pas là, emmène-moi, envole-moi
Croiser d’autres yeux qui ne se résignent pas
Envole-moi, tire-moi de l?
Montre-moi ces autres vies que je ne sais pas
Envole-moi
Regarde-moi bien, je ne leur ressemble pas
Me laisse pas là, envole-moi
Avec ou sans toi, je n’finirai pas comme ça
Envole-moi, envole-moi, envole-moi…”
Inutile de vous dire que j’étais une très bonne élève, n’est-ce-pas ?…
J’ai tellement voulu partir que retourner y vivre serait assimilé à un retour en arrière ou à un échec. C’est aussi simple, aussi bête que ça.
Quand j’y vais, même en promenade, et que je constate que rien n’a véritablement changé je suis un peu amère. Je pense à tous ces jeunes qui y sont et qui continuent à se faire chi**. Au point pour certains (dans les communes les plus au nord) de s’asseoir devant leur porte pour regarder les voitures passer en discutant avec des potes. Regarder les voitures passer. Le summum de l’ennui… La délinquance (la vraie) a depuis fait son apparition.
Entre temps, moi j’ai été voir ailleurs si j’y étais. J’y ai étudié. Je suis revenue. J’ai voyagé. J’ai travaillé à l’étranger. Je n’ai pas oublié de m’éclater (vous pensez bien) et j’ai surtout développé un amour immodéré des excès de la civilisation à savoir le bruit, l’agitation et la pollution synomyme pour moi de mouvement donc de vie. J’ai besoin de la ville toute proche. J’ai besoin des néons et des places qui vivent après 20h. J’ai besoin d’une vie nocturne même si elle consiste parfois à se faire un ciné et un resto.
Je suis rentrée dans mon île natale que j’adore, que depuis quelques années, mais j’ai fait attention à me poser dans un coin qui me permet d’être à 30 mn de tout… pollution comprise. Un pied.
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- Publié:
- 28.8.06 / 22:29
- Catégorie:
- In my "L" world
). C’est mort pour moi, je n’y trouve rien à faire, tandis que je n’ai jamais réussi à m’ennuyer chez moi (il faut dire que la proximité de Paris met à disposition une offre de visites ou activités quasi inépuisable). Donc voilà, moi aussi je suis accro à un rythme de vie déraisonnable, au bruit, à la pollution, bref à ce que tu nommes les «excès de la civilisation». Je suis accro à la civilisation tout simplement
). Du même JGG, et pile avec le thème du présent billet, je te conseille l’écoute d’un morceau très peu connu puisqu’il date de ses premiers essais dans les années 70, ce morceau s’intitulant «Back to the City Again» (c’est chanté en français malgré ce titre). Si tu ne l’as pas sous la main… euh tu peux me contacter en privé par mail et je verrai ce que je peux faire 






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