La Martinique pour les Nuls ou “Mode d’emploi de mon île natale à destination des non-autochtones”

La Martinique pour les NulsC’est en chambrant (pour changer) ma collègue (résidente depuis bientôt 2 ans) que l’idée m’est venue…
Le Martiniquais - l’autochtone - est à lui seul une planète à découvrir. Je sais de quoi je parle j’en suis une moi-même. Martiniquaise de souche.
Le Martiniquais a également un language qui lui est propre. Non, je ne parle pas du créole, je parle du français-martiniquais qui a donc, je le répète, tout d’une langue à part entière (avec ses tournures, sa conjuguaison etc. ) et qui peut dérouter (un peu) ceux qui ne le pratiquent pas.

Vous ignorez tout de cette autre dimension ? Vous savez de quoi je parle et vous avez effectivement beaucoup de mal ? Ceci est pour vous…

1) Si vous vous aventurez sur les routes de notre île vous remarquerez très vite que certains accessoires sont en options sur les véhicules dont un en particulier: le clignotant (ça même si le vôtre fonctionne sur le véhicule que vous avez loué).
Pas besoin d’en avoir, la main fait aussi bien l’affaire (lorsqu’elle daigne sortir du véhicule faire un signe qui peut dire tout et son contraire - je vais tourner à gauche, je vais doubler ou j’ai chaud - ). Pour survivre vous devrez affûter vos réflexes et très vite apprendre à anticiper les mouvements des autres automobilistes.
Vous avez l’habitude de conduire à Paris ? Good for you. N’oubliez pas cependant que Simon Jean-Joseph, Champion de France 2003 et Champion d’Europe 2004 de rallye est Martiniquais. Dites-vous bien que s’il est aussi doué c’est qu’il a vécu dans un environnement propice au développement de son talent. So just don’t mess with us !

Conseil: Pas la peine de s’exciter, de klaxonner ou de jurer ça ne sert à rien (et vous risquez de vous faire un ulcère inutilement). Rappelez vous juste que la clé de la survie de l’Homme a toujours résidé dans sa capacité d’a-dap-ta-tion (cf. théorie de Darwin et confrères).

2) Si vous voulez vous rendre dans la ville de Schoelcher et que vous demandez votre route; en martiniquais il faut prononcer “chèlchère” et pas “cholchere” (ou quoi que se soit comme autre prononciation contenant le son “o” ) sinon on ne vous comprendra jamais ! Jamais ! Et vous n’arriverez jamais où vous voulez aller. Jamais !

3) Si un martiniquais semble ne pas être dans son assiette et vous dit qu’il est “bouleversé” sachez que très souvent il risque de faire référence à son… estomac. Le quidam se sent sans doute quelque peu nauséeux. Inquiétez-vous donc de lui trouver du Volagène plutôt que de son état émotionnel.

bouleverser (verbe transitif):
Renverser entièrement, troubler avec violence, mettre sens dessus dessous. Emouvoir fortement.

Lorsque nous autres martiniquais sommes bouleversés, notre estomac est renversé entièrement, troublé avec violence, mis sens dessus dessous. D’où le sentiment de nausé. Vous comprenez maintenant ? Cependant, parfois aussi nous sommes émus, nous les autochtones. Nous l’exprimons dans ce cas-là en disant “je suis ému” plus que “je suis bouleversé”. Logique implacable quand tu nous tiens.

4) Parfois, lors de certaines manifestations ou aux abords de certaines squares parcs promenades, vous verrez des martiniquais manger avec délectations des cacachuètes grillées qu’ils tirent d’un cornet acheté à la marchande du coin (celle avec la glacière de boissons à côté le plus souvent). Si vous souhaitez faire de même (manger des cacachuètes grillées) faites attention à ce que vous demandez à la dame en question. Si vous demandez un cornet de cacahuètes c’est râpé ! Il faut demander un cornet de… pistaches. Ne me demandez pas pourquoi, c’est comme ça !

Conseil: n’essayez de venir faire votre pédant en expliquant à la ronde que se sont des cacahuètes et pas des pistaches. On le sait ça ! Contentez-vous de faire comme tout le monde pour une fois nom de nom et demandez un cornet de pistaches.

5) A moins de 25°C l’eau de la mer NE PEUT PAS être chaude. No way.

Conseil: Ne vous attendez donc pas, maintenant que vous connaissez cet état de fait, à ce que votre ami martiniquais (résidant à plein temps sur l’île) soit enchanté à l’idée d’aller à la plage de septembre à février. Trop froid. Non, n’insistez pas, je vous dis: trop froid !
Et pas la peine d’essayer la méthode Coué en sautant dans l’eau et en criant “elle est trop bonne youuuuuuuhouuu !” vous attendant probablement à ce qu’il fasse de même. C’est peine perdue.

Décryptage: C’est pour cette raison que pendant la période pré-citée les plages de l’île sont peuplées de non-autochtones et de martiniquais résidant à l’étranger (ayant donc oublié les us et coutumes de leur île natale).

C’est tout pour ce premier volet !


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