Sur le site de Carrefour le topo sur le développement durable commence par une définition dans la partie “engagements carrefour“:
“Un développement est durable s’il permet de satisfaire aux besoins des populations actuelles sans compromettre ceux des générations futures (Rio, 1992).
L’idée est que le développement ne peut-être durable que si la durabilité est à la fois économique, sociale et environnementale.“
“[...] la durabilité est à la fois économique, sociale et environnementales”… Permettez moi de m’attarder sur l’aspect “environnemental” de la question quelques minutes. Je m’interroge et je pousse plus en avant mes recherches sur ce même site. Pas d’erreur possible; les chose sont très claires et je tombe même sur un encart sur le nécessaire respect des forêts qui jouent un rôle primordial pour nos écosystèmes. Non, finalement je ne résiste pas à l’envie de vous le retranscrire ici:
“Le saviez-vous ?
Les arbres sont des maillons essentiels de la chaîne de la vie : ils jouent un rôle vital dans la régulation des climats et du cycle de l’eau. Les forêts mondiales renferment plus de 50% de la biodiversité terrestre. Or chaque semaine, 200 000 hectares de forêts disparaissent et seules 6% des forêts sont protégées dans le monde.
Les forêts sont parmi les écosystèmes les plus riches et les plus stables de la planète : un arbre abrite en moyenne 100 espèces !“
Alors que se passe-t-il à Génipa ?
Petit retour en arrière pour ceux qui ignorent tout de cette histoire.
Martinique. Commune de Ducos. Quartier Génipa. Le Groupe Bernard Hayot (GBH) propriétaire des hypermarchés Carrefour dans l’île veut construire, sur le site de Génipa donc, un centre commercial de 10 000 m² sur une surface totale de six hectares de mangrove et de forêt. Le seul hic du projet réside dans le fait que la mangrove est un milieu naturel exceptionnel (en voie de disparition) et que l’île compte déjà sept hypermarchés !
Le désastre écologique est annoncé. Ce projet aura, en effet, pour conséquences irrémédiables (ai-je besoin de le préciser) la dégradation d’une plaine alluviale indispensable à l’équilibre de l’écosystème de l’île et la destruction totale de la mangrove de Génipa. Sans compter les maux habituels que la grande distribution traîne dans son sillage à savoir la mort du petit commerce de proximité (disparition de centaines d’emplois) et la pollution que ne manquera pas d’engendrer les embouteillages quotidiens que généreront les milliers de voitures des consommateurs qui viendront faire leurs emplettes dans cet énième temple de la consommation.
Ceux qui empruntent la RN1, aux heures de pointe, à ce niveau, savent de quoi je parle. Pour les autres, sachez, par exemple, que nous n’avons absolumment rien à envier aux embouteillages du périph’ à ces mêmes heures.
L’affaire n’en est pas à ses prémices. En 2003, suite à un recours déposé par les opposants au projet dont les associations écologistes (Assaupamar en tête), les travaux avaient été arrêtés suite à l’annulation du permis de construire par la justice en première instance. Les magistrats avaient effectivement retenu non pas le motif écologique (atteinte à l’environnement et en particulier à la mangrove) mais celui de l’insuffisance des accès routiers ! Fallait-il y voir un avant-goût du l’actuel rebondissement ?
Attention: la mangrove martiniquaise, bien que faisant partie de la forêt domaniale du littoral, n’a jamais été classée “zone humide” par les gouvernements successifs. Pourtant le monde scientifique s’accorde à dire que les mangroves assurent un rôle écologique fondamental puisqu’elles concentrent l’essentiel des ressources ichtyologiques du département, protègent le littoral de l’érosion marine et purifient l’air. Ceci dit, depuis 25 ans, de promesses électorales en engagements non tenus, ces zones (Génipa en particulier) ne sont toujours pas placées sous la protection des conventions et lois internationales sur les zones humides.
Il semblerait que certains intérêts économiques prévalent…
Parce que vous avez bien compris: le promoteur a contourné l’obstacle en obtenant un nouveau permis de contruire ! En outre, deux giratoires sont en construction pour accéder au site alors que la première décision est encore en appel (toujours à l’examen à Bordeaux). Cela vous laisse-t-il le moindre doute quand à l’issue de ce dossier ? Moi je n’en ai pas…
Et les politiques dans tout ça ? D’après vous ??
Notons:
1) Les deux permis de construire ont été délivrés par le maire de la commune de Ducos (et son conseil municipal) ceci malgré les engagements pris au cours de sa dernière campagne électorale.
2) Préfet, administration et élus locaux sont unanimes pour défendre ce projet sous prétexte de création d’emplois (30% de chômage ici ceci dit).
3) Les travaux d’accès au futur centre commercial sont financés par le Conseil régional, le Conseil général et la Direction départementale de l’équipement (DDE).
Je ne serais pas tout à fait complète si j’omets de vous dire qu’il y a actuellement en Martinique, en plus des demandes d’extension des hypermarchés en activité, quatre nouveaux hypermarchés en attente d’autorisation ou de construction : Calebassier (Lamentin), Mansarde (Robert), Gaschette (Robert) et Rivière Roche (Fort-de-France).
La Martinique est une île d’une superficie de 1 128 km² (70 km dans sa plus grande longueur pour 30 km dans sa plus grande largeur)… qui devra bientôt abandonner son doux surnom d’”île aux fleurs” pour celui d’”île aux hypermarchés” ou d’”île aux embouteillages” au choix.
Je ne peux pas m’empêcher d’imaginer les prochaines saisons d’hivernage avec leurs lots désormais habituels d’innondations dont personne ne veut s’expliquer s’explique la cause… Je suppose qu’il sera toujours temps de créer des diplômes d’écopeurs (comme chacun sait, l’écopeur est l’équipier, très précieux, qui, sur certains bateaux traditionnels peu profonds, est chargé d’enlever le trop plein d’eau à l’aide d’un récipient) !